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Juan José Nieto Gil, le président Afro-Colombien que l’on a blanchi

 

Juan José Nieto Gil, 14ème président de Colombie de janvier à juillet 1861

 
 
 
Juan José Nieto Gil est né en 1804 à Baranoa, alors une partie de la vice-royauté de Nouvelle-Grenade. Fils de Thomas et Benicia Nieto Gil qui travaillaient à la fabrication de mèches de coton pour les bougies. Il a passé ses années de formation à Baranoa, ville sur la côte caraïbe, « peuplée d’Afro-Colombiens et qui a toujours été considéré comme marginale par le pouvoir central de Bogota « . Ce dernier était métis, fils d’une Noire, descendante d’esclaves, et d’un Espagnol. En Colombie, les métis «sont considérés comme Noirs». Après l’indépendance de Cartagena de Indias en 1811 sa famille a décidé de déménager de façon permanente à là-bas.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Il a commencé à travailler professionnellement comme commis dans le magasin marchand de Jose Palacio et Ponce de Leo. Impressionné par son intelligence de l’époque, ce dernier donna accès à des livres qui ont contribué à rendre le jeune autodidacte. Le père finalement accepta de donner la main de sa fille Maria Margarita à Juan José. Juan Jose étant un Afrodescendant, le mariage avec la fille d’un marchand espagnol lui a donné un coup de pouce dans l’échelle sociale de l’époque. Avant d’atteindre trente ans, l’homme était déjà en service dans les postes publics d’importance.
 
 
 
Il prend le temps de publier une Géographie historique, statistique et locale de la province de Carthagène, premier ouvrage du genre. Un an plus tard, il participe à l’une des guerres civiles qui ravagent le pays tout au long du XIXe (et qu’évoque l’écrivain Gabriel Marcia Marquez, prix Nobel de littérature, dans son livre Cent ans de solitude). Le conflit (dit Guerra de los Supremos, guerre des Suprêmes, ou parfois Guerra de los Conventos, guerre des Couvents) déchire ce que l’on appelle alors la Confédération grenadine ou Etats-Unis de la Nouvelle Grenade.
 
 
Nieto Gil est fait prisonnier pendant le conflit et doit s’exiler pendant cinq ans à Kingston, en Jamaïque. Visiblement démangé par le démon de l’écriture, il va publier plusieurs romans, Rosina, Les Morisques et Ingermina ou la fille de Calamar. Ce livre, d’un genre sentimental, est considéré comme le premier roman colombien.
 
 

Un homme ambitieux

 
Le député revient d’exil en 1847. Il a de l’ambition. Il fonde alors un journal, La Democracia. Membre du Parti libéral, il est élu gouverneur de l’Etat de Bolivar (dont Carthagène est la capitale) en 1851, évinçant l’évêque Pedro Antonio Torres. Il va alors y abolir l’esclavage, au cours d’une grande cérémonie. «Aujourd’hui, il n’y a plus d’esclaves. (…) En ce jour, le plus beau de la République, je salue ceux qui le furent. En ce jour ont disparu les noms odieux de maître et d’esclave, première étape de son abolition dans toute la Colombie. Jour à partir duquel plus aucun de nos frères ne portera à son cou(…) la chaîne de la servitude». En tant que gouverneur, il a promulgué la deuxième constitution politique de l’Etat de Bolivar.
 
En juillet 1860, il décide la sécession de son Etat, en révolte contre le pouvoir central de Bogota. Et s’allie au général Tomás Cipriano de Mosquera, qui dirige l’Etat de Cauca.
 
Le 25 janvier 1861, en l’absence de son allié qui continue à se battre, Nieto, devenu général, se proclame président des Etats-Unis de Colombie. Il exerce alors le pouvoir qu’il cède, le 18 juillet, à Mosquera. Il aurait notamment instauré l’école primaire gratuite et obligatoire. Juan José Nieto Gil meurt le 16 juillet 1866 à Carthagène.
 
Cependant, son successeur et ancien allié, Tomás Cipriano de Mosquera, aurait tout fait pour effacer sa mémoire. La tombe de Juan José Nieto Gil sera saccagée et «son seul buste connu, détruit». «Il était tellement insupportable à l’élite blanche et descendante d’Espagnols d’avoir eu, ne serait-ce que six mois, un président noir, qu’elle a envoyé son portrait officiel se faire blanchir la peau en France»! En clair, l’unique représentation de l’ancien président fut retouchée en France pour que de noir, l’ex-président devienne blanc.
 
 
 

Source : – Gonzalo Guillen, « Colombia borró de la historia a su único presidente negro », dans El Nuevo Herald

Team OJAL 
 
 

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