Comme vous le savez sans doute, de nombreux cas d’appropriation culturelle ont lieu depuis une dizaine d’année. Dans la mode particulièrement: que ce soit des coiffures par exemple de la part de Kim Kardashian (on pourrait même dire dans son cas tellement rare que son corps entier est une appropriation culturelle!) ou les tissus pour des marques comme Zara et bien d’autres exemples.

Rappellons que l’appropriation culturelle se définit par l’appropriation par des individus d’une culture dominante d’attributs d’une culture dominée sans pour autant demander une quelconque autorisation aux populations concernées. On ne se déguise pas en Zulu pour amuser la galerie. On ne porte pas de plumes dans la tête pour signifier une identité Amérindienne sans donner du respect à ces peuples auparavant et s’assurer qu’ils ne prennent pas cela pour un manque de respect.

Ce qui nous intéressse ici c’est un sujet qui traite à la fois du marketing, de la hype, mais aussi de gros sous. Récemment le jeu phénomène Fortnite a été accusé par un nombre de personnes dont des rappeurs et des comédiens d’appropriation culturelle car ils ont mimé leur danses et les ont incorporées dans le jeu. Cela pour des revenus pharaoniques. Voici les exemples dans la vidéo ci-dessous.

Donald Faison par exemple n’est pas un rappeur, pourtant il avait une chorégraphie dans sa série Scrubs. Elle a été copiée, mais avec l’aval du producteur. Imaginez la danse de Carlton dans le Fresh Prince of Bel Air recopiée dans un film ou un jeu sans son consentement…cela nous aurait quelque peu agacés car c’est quelque chose qui appartient à la culture populaire, mais surtout à un imaginaire qui a été crée dans la série. C’est une danse qui a beaucoup de signification dans l’oeuvre. Mais pour autant, peut-elle être protégée? La réponse est non.

Aux Etats-Unis, pays du branding par excellence, on ne peut pas protéger une danse. Pas de copyright pour les chorégraphes. La question est: est-ce bien légitime? Ceux qui se font léser en l’occurence pour ces créations sont des Afrodescendants. Quelques noms dans l’affaire qui nous intéresse aujourd’hui: Le rappeur BlocBoy JB, créateur de la « Shoot Dance », Le rappeur 2 Milly pour la « Milly Rock« , Snoop Dogg, Chance tha rapper etc. Tous Afrodescendants.

Fortnite should put the actual rap songs behind the dances that make so much money as Emotes. Black creatives created and popularized these dances but never monetized them. Imagine the money people are spending on these Emotes being shared with the artists that made them

— Chance The Rapper (@chancetherapper)

Il s’agit de monétiser une danse hype hip-hop dans un jeu, car les utilisateurs paient pour utiliser ces danses avec les personnages. Ils monétisent la danse qui ne leur appartient pas, mais plus grave encore ils n’utilisent pas la chanson sur laquelle cette danse a été crée. Pénalisant au passage les ayants droit de l’oeuvre. Cela aurait peut-être été plus fair-play de jouer la musique de ces artistes. Si vous prenez le jus, respectez le fruit. C’est comme si le voisin se faisait des centaines de milliers d’euros avec la recette de rhum arrangé de votre tante après quelques bonnes soirées à la maison. Cela vous énerverait un tantinet non?

Et si demain on copyrightait on mouvement de Kizomba?

Qu’en pensez-vous? Devrions nous trouver un moyen de protéger nos danses? Aujourd’hui c’est fortnite mais demain on ne sait pas quel autre industrie va s’approprier une danse. Rappellez-vous de la polémique sur le Harlemshake en 2013. Ce n’est pas une première. Gageons qu’il y en aura d’autres du même acabit. Les afrodescendants devraient pouvoir protéger leur inventions, fussent-elles des danses. Quid de l’approriation culturelle en cuisine? Vous avez vu les tuto catastrophiques sur le mafé ou le yassa sur des médias mainstream? Ce n’est qu’un début.

Mais dans ce cas à qui donner la maternité du twerk? La belly dance? Le boogie? La salsa? Le Zouk? Et nos plats? S’il est regrettable de tout rendre mercantile, nous autres Afrodescendants savons aussi que nous avons historiquement été spoliées par notre manque de volonté de protéger juridiquement nos terres, nos oeuvres architecturales, nos tissus coiffures, et maintenant nos danses. Le débat est ouvert!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *