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Haïti, première république noire?

Il existe souvent dans nos vies, des phrases que nous répétons avec certitudes, qui apparaissent comme des évidences et qui ne sont jamais remis en question, bien qu’elle soient entièrement ou partiellement fausses. Il est courant d’entendre, lorsqu’on parle d’Haïti, qu’elle est la « première république noire », mais est-ce vrai? Elimu vous propose de venir interroger l’histoire panafricaine, en parcourant l’Ancien et le Nouveau Monde sur plus de 1000 ans d’histoire, à travers 3 faits historiques.

I. Carthage, la république africaine de l’Antiquité

Non seulement, Carthage est la première république noire, mais elle est aussi tout simplement la première république de l’histoire de l’humanité! Le témoignage de Aristote est éloquent, dans son livre La Politique, il décrit la gestion de l’état carthaginois de la sorte :

« Carthage jouit d’une Constitution plus complète que celle des autres États . Les Carthaginois […] possèdent des institutions excellentes; et ce qui prouve bien toute la sagesse de leur Constitution, c’est que, malgré la part de pouvoir qu’elle accorde au peuple, on n’a jamais vu à Carthage de changement de gouvernement, et qu’elle n’a eu, chose remarquable, ni émeute, ni tyran »

Rappelons, que cette citation date du 6ème siècle av. J.C! A une époque où Rome venait tout juste de découvrir le concept de république (on date la plus ancienne république romaine à 509 av. J.C). Concept qu’elle a d’ailleurs emprunté aux Carthaginois qui le pratique depuis le 9ème siècle, époque de la fondation de Carthage.

République noire évidemment puisque Carthage est une ancienne colonie phénicienne, or les Phéniciens sont tout aussi noirs que les Égyptiens ou les Arabes originaux. Nous vous invitons à relire nos articles sur le sujet, si vous en doutez encore. En disant d’Haïti qu’elle est la PREMIERE république noire, c’est nier l’africanité et la négritude de Carthage.

Vous connaissez sans doute, le général Hannibal, noir qui fit trembler Rome durant le 3ème siècle av. J.C.

II. Dessalines, Henri 1er, Faustin 1er  et les dynasties haïtiennes

Drapeau d’Haïti sous l’Empire (1804-1806)

Héros de la révolution haïtienne, Jean-Jacques Dessalines est pourtant beaucoup moins connu que Toussaint Louverture. Sûrement que son côté bien plus radical que Louverture, lui vaudra les foudres des historiens français et américain … Dans sa déclaration d’indépendance, il déclarera :

« […] Après avoir fait connaître aux généraux assemblés ses véritables intentions d’assurer à jamais aux indigènes d’Haïti un gouvernement stable, objet de sa plus vive sollicitude : ce qu’il a fait à un discours qui tend à faire connaître aux puissances étrangères la résolution de rendre le pays indépendant, et de jouir d’une liberté consacrée par le sang du peuple de cette île ; et, après avoir recueilli les avis, a demandé que chacun des généraux assemblés prononçât le serment de renoncer à jamais à la France, de mourir plutôt que de vivre sous sa domination, et de combattre jusqu’au dernier soupir pour l’indépendance. »

Bien que république, durant les premiers mois de son existence, l’état indépendant d’Haïti deviendra très vite un empire, avec la dynastie des Dessalines, puis un royaume avec le roi Henri 1er. Un second empire verra le jour, avec Faustin 1er en 1849.

Drapeau du royaume d’Haïti (1811-1820)

 

Drapeau d’Haïti sous le Second Empire (1849-1859)

Haïti, durant ses premières années, connu des empereurs et des rois, qui firent bon gré mal gré la gloire de l’histoire haïtienne.

 

III. Palmares, premier état noir indépendant du Nouveau-Monde

Peu de gens le savent, mais un état noir indépendant avait déjà existé en Amérique coloniale, avant la cérémonie du Bois-Caïman et la révolution haïtienne : un siècle auparavant des Africains en fuite avait fondé en 1605, le quilombo dos Palmarès dans le nord-est du Brésil.

Les quilombo sont des regroupement d’anciens esclaves en fuites dans le Brésil colonial. Le plus grand et celui qui a duré le plus longtemps fut celui de Palmarès, dans une partie du Brésil colonisée par la Hollande, le Pernambuco, il réussit pendant plus d’un siècle à tenir en échec les expéditions militaires hollandaises et portugaises, constituant ainsi la révolte d’esclaves la plus longue de l’histoire.

 

 

 

Reconstitution d’un mocambo : 1 – Entrée. 2 – Pièges/Trappes. 3 – Centre des Cultes. 4 – Terres Agricoles. 5 et 7 – Habitations. 6 – Centre Communautaire.

A son apogée, le quilombo comptait plus de 30 000 habitants et était constitué de plusieurs villages (au moins 9 connus), les mocambo sur 600 000 kilomètres carrés en 1630 (la taille de la France!). Palmarès était gouverné par des afrodescendants libres à partir d’une cité-capitale Cerra dos Macacos, ce qui était du domaine de l’impensable en pleine période coloniale et esclavagiste. Le quilombo était organisé sur un modèle de village africain ou indien, c’est à dire avec un chef et un conseil, les habitants participaient aux assemblées et tous les travaux étaient réalisés en communauté (construction, agriculture…). A Palmarès, cette organisation incluait aussi la stratégie de guerre et de défense. Le quilombo était dirigé par des rois dont deux restent célèbres. Leur noms semblent indiquer une origine au Kongo/Angola, Ganga Zumba  mais surtout Zumbi.

Zumbi de Palmarès, le leader des afrodescendants

Entendons-nous bien, il ne s’agit absolument pas de minimiser la révolution haïtienne, bien au contraire! Nous proposons de mettre cette fabuleuse aventure de liberté des Africains de Saint-Domingues en relation aux autres révoltes du Nouveau-Monde et de l’histoire politique des Africains de l’Antiquité. Comme quoi, on en apprend tous les jours …

Un article original Elimu

L’assimilation, le racisme à la française

“ Quel est le pays le plus raciste du monde?” C’est une question que tout Afrodescendant s’est déjà posé, seul ou en groupe. La réponse qui est souvent avancée est celle des Etats-Unis d’Amérique, avec tout son passé (et son présent aussi d’ailleurs) de negrophobie frontale : violences policières, segrégations, incarcération de masse, ghettoisation etc. Il est vrai que les Etats-Unis sont un très bon candidat pour la place de plus grand raciste du monde. Cependant, bien que la violence du système américain soit plus flagrante, il existe un autre système tout aussi raciste qui conditionne les Afrodescendants, l’assimilation.  

Des colons blancs
Le doux temps de la colonie

 

I. Des racines coloniales

 

Ces differences sont issues de deux systèmes d’administration coloniale développés par l’empire colonial britannique et l’empire colonial français.

Le premier développa un système qu’il nomma ”Indirect rule”, qui eut pour principe d’administrer les territoires indirectement par le biais des chefs traditionnels qui sont maintenus à leur rôle de dirigeants et de premiers administrateurs des “indigènes”. Ici, les Britanniques se “contentent” de piller économiquement le pays, sans chercher à lui imposer sa vision du monde (religion, langues). Quand ils établissent une colonie de peuplement, ils vivent à l’écart des autochtones. C’est une colonisation avant tout économique. Ce système fut repris dans les ex-colonies britanniques (ex : Etats-Unis), mais aussi par les autres puissances coloniales anglo-saxonnes ou nordique (Danemark, Pays-Bas, Allemagne …etc). Dans ce système, il n’est pas question d’égalité, ou de devenir anglais, cela pourrait se résumer en une phrase :  » tu es un nègre, je ne veux pas te changer, mais je veux prendre ce que tu possèdes. « 

Dans le deuxième cas, les Français ont développé un système de colonisation direct qu’ils ont appelé “assimilation”. Dans ce cas, l’administration dirige tout et impose aux autochtones un modèle français qu’ils doivent adopter. Le but étant de faire d’eux des Français. Les peuples asservis sont convertis (quand c’est possible) au catholicisme, la langue française est imposée, le modèle républicain à la française est la norme. Certains autres pays d’influence latine ont opéré de la même manière comme le Portugal ou l’Espagne. Dans ce système, on nous fait rêver la liberté, l’égalité, et la fraternité, à condition de devenir Français :  » tu es un nègre, mais si tu me donnes tout ce que tu as, et que tu changes, tu pourrais essayer de devenir comme moi « 

 

II. L’application contemporaine de l’assimilation

 

Aujourd’hui encore, ces manières d’appréhender les questions de la présence d’Afrodescendants et autres ex-colonisés sur les territoires nationaux divergent : Alors qu’en Angleterre, il n’est pas choquant de voir des banquiers d’origine indienne  avec leurs turbans sur la tête, ce serait une vision d’horreur en France! Le déconvenue de l’eurodéputé anglais Majid Majid à strasbourg en a été un exemple saisissant!

Dans le système anglo-saxon, pour être un bon immigré, il suffit de payer ses impôts! C’est ainsi que dans ces pays, les non-Blancs s’organisent en communautés séparées, investissent des quartiers ou des villes, mais aussi sont intégrés dans les statistiques nationales. Comprenez nous: il ne s’agit pas de défendre ce modèle, mais de le comprendre.

En France, pour être un bon immigré, il faut faire comme les Français, et donc abandonner sa culture d’origine! C’est ce qui explique les propos de Monsieur Zemmour à l’encontre de Madame Sy que beaucoup ont considéré comme étant « racistes ». Sans parler des affaire ridicules de Burkini et de foulards sportifs à Décathlon tellement spécifiques à la France …  Il a été évidemment beaucoup plus facile pour les immigrés européens de faire d’eux des Français : ils sont Blancs et catholiques (Belges, Portugais, Espagnol, Italiens, Polonais …etc). Il est important de comprendre qu’il ne s’agit pas de racisme simplement mais d’un système réfléchi d’assimilation! De la même manière, les statistiques ethniques sont interdites, donc il est théoriquement impossible de savoir le rapport entre présence de non-Blancs en France et leur taux de chômage, de mal-logement …etc.

 

III. Le problème des Afrodescendants de France

 

Au nom « qu’il n’existe que des citoyens aux yeux de la République », la France ferme les yeux devant les différences et inégalités qui existent entre les communautés qui la compose aujourd’hui. Elle nie complètement l’expérience des « Noirs », des « Beurs », des « Jaunes et des « Marrons » puisque pour elle ce ne sont que des Français, comme d’autres certains diraient. Le pire c’est que ces non-Blancs ont fini par y croire!!! Surtout les Afrodescendants … Alors qu’ailleurs il est normal et sain de s’organiser en communauté, les Afro-français ou Afropéens (comme ils se font appeler maintenant) refuse de voir l’évidence : ils ne seront jamais Français! Comme en 1789 quand ils déclaraient à Paris les « Droits de l’Homme et du Citoyen » tout en continuant à fouetter ces mêmes Afro-français dans les plantations de Martinique, Guadeloupe, Saint-Domingue, Guyane, Réunion ..etc aujourd’hui encore la France ne compte sur eux uniquement que lorsque cela les arrange (sports, ramassage des poubelles et autres travaux qu’ils ne peuvent ou ne veulent faire eux-mêmes).

Découvrez le livre de Pap Ndiaye sur la Condition Noire pour mieux comprendre les enjeux

Les Américains l’ont compris de force : nous ne serons jamais comme eux, l’assimilation est un leurre! Il est vain de tenter quelconque intégration prétendument égalitaire. Cela leur a permis de construire leurs propres écoles, leurs propres industries, leurs leurs propres centres financiers, leurs propres communautés. Peut-être que les Afro-français pourraient sortir de leurs rêves et essayer de prendre exemple sur eux…