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Black Wall Street : le National Park Service fait un don de 500 000 $ pour la rénovation de bâtiments historiques

Les restes du légendaire Black Wall Street subiront un lifting.

La Chambre de commerce de Greenwood a annoncé qu’une subvention de 500 000 $ du National Park Service sera utilisée pour la rénovation  d’un bloc de bâtiments historiques faisant partie de ce que l’on surnommait le Black Wall Street dans le district de Tulsa, Oklahoma. La subvention fait partie de quelque 14 millions de dollars en récompenses que l’agence fédérale verse à des projets et des sites historiques noirs par le biais de son Fonds de préservation historique des droits civils afro-américains. Les bâtiments Greenwood recevront de nouveaux toits et d’autres réparations à l’extérieur. Ces rénovations seraient les premières depuis le début des années 1980.

«Nous espérons qu’il est évident que nous devons nous engager à préserver l’histoire que nos ancêtres nous ont laissée», a déclaré le président de la Chambre, Freeman Culver, au Tulsa World.

Les dix bâtiments comprennent Greenwood Centre et ont été construits au début du 20e siècle. Ils sont situés dans ce qui était connu sous le nom de Black Wall Street, un quartier commercial et résidentiel à prédominance noire de Tulsa. La zone s’étendait sur 40 blocs et abritait plus de 10 000 Noirs. Il y avait des dizaines d’entreprises appartenant à des Noirs, notamment des banques, des restaurants et des théâtres.

 

La prospérité a été interrompue le 31 mai 1921, quand un groupe d’hommes blancs a arraché un jeune Noir de prison avec l’intention de le lyncher. Lorsque d’autres hommes noirs sont intervenus, un conflit a éclaté et un coup de feu a retenti. Ce qui a suivi a été 48 heures de terreur alors que des foules blanches ont tué des Noirs et brûlé plus de 1 200 bâtiments au sol. Lorsque la violence a finalement pris fin, quelque 300 Noirs sont morts et des milliers sont sans abri. Ces deux jours sont connus comme les émeutes raciales de Tulsa.

«Avant la mort de ma grand-mère, je lui ai demandé ce qui s’était passé», a rappelé Vanessa Hall-Harper, conseillère municipale de Tulsa au Washington Post en 2018. «Elle a commencé à chuchoter. Elle a dit: «Ils tuaient des Noirs et les chassaient de la ville.» Je ne savais même pas à propos du massacre jusqu’à ce que je sois adulte. Et j’ai été élevée ici. Ce n’était pas enseigné dans les écoles. C’était tabou d’en parler. »

Au cours des décennies qui ont suivi, il y a eu des tentatives pour ressusciter Black Wall Street, mais le quartier n’a jamais retrouvé sa gloire d’origine.

Aucun échéancier pour les rénovations n’a pour le moment été annoncé.

 

Une traduction de la team Elimu

source

Sarah Maldoror, une panafricaniste engagée devenue icône du Cinema Panafricain

Un petit hommage à une très grande cinéaste Africaine.

Africaine des Antilles (Guadeloupe), la cinéaste et militante anticolonialiste Panafricaine Sarah « Maldoror » née Sarah Ducados le 19 juillet 1929 à Condom en France d’une mère Française et d’un père Guadeloupéen a rejoint les ancêtres le 13 avril 2020 à Saint-Denis en France des suites du covid 19. Elle a choisi son pseudonyme après avoir lu « Les Chants de Maldoror » de l’écrivain français Isidore Ducasse. Elle est venue au cinéma par le théâtre. Formée au cinéma à Moscou avec Sembène, elle a réalisé en 1976 le premier documentaire sur Aimé Césaire « Un homme, une terre, portrait du poète et homme politique Aimé Césaire » ainsi qu’un documentaire sur Léon-Gontran Damas. Elle a réalisé des films pour la télévision française dont « Un déssert pour Constance » en 1979-1980 avec l’immense acteur, réalisateur Ivoirien, légende vivante et icône du cinéma Africain Sidiki Bakaba ainsi que le très grand acteur et réalisateur Cheik Doukouré avec qui il avait déjà joué dans « Bako » en 1978.

Ce film comique dépeint le quotidien de balayeurs Africains de Paris avec leurs problèmes, leur mal du pays et met aussi le doigt sur le racisme « bon enfant » de cette époque. Sarah Maldoror était l’épouse du militant anticolonialiste, camarade et ami intime de Cabral, l’intellectuel révolutionnaire et un des leaders du MPLA Mario de Andrade. Elle était l’une des toutes premières femmes cinéastes du continent.

Je vais parler ici de « Sambizanga », son premier long-métrage co-écrit avec son mari Mario de Andrade qui est aussi son film le plus connu et qui est sorti en 1972. Il a été distingué du Tanit d’Or au Festival de Carthage de la même année. « Sambizanga » parle de la lutte quotidienne des Angolais pour libérer leur pays du joug du colonialisme Portugais. Sarah Maldoror disait elle même qu’elle avait voulu montrer l’Afrique en lutte dans ce film. Le titre du film est le nom d’un quartier populaire de l’agglomération de Luanda dans lequel est sensé se dérouler l’essentiel du film même si en réalité le film a été tourné au Congo Mfoa dit « Brazzaville ». Le MPLA, le gouvernement Congolais et l’Agence de coopération culturelle et technique (organisation française) ont produit le film. Sambizanga est un lieu hautement emblématique de la lutte de libération en Angola car des militants du MPLA sont partis de là pour prendre d’assaut les prisons de Luanda afin de libérer les détenus politiques le 4 février 1961 déclenchant ainsi le combat contre les colonialistes Portugais.

Ce film révolutionaire est adapté de la nouvelle « La vraie vie de Domingos Xavier » (inspirée d’une histoire réelle) écrite par le Portugais (dont la famille s’est installée en Angola lorsqu’il avait 1 an) et militant du MPLA, Luandino Vieira (né José Vieira Mateus da Graça) suite aux événements de février. Il terminera la rédaction de cette nouvelle en novembre 1961 quelques jours avant son arrestation (voir quatrième de couverture). Cette nouvelle a été traduite en français par Mario de Andrade (encore lui!) et Chantal Tiberghien et publiée avec une autre nouvelle de Luandino (« Le complet de Mateus ») aux éditions Présence Africaine en 1971 (voir photos).

« Le complet de Mateus », l’autre nouvelle de ce livre a été aussi adaptée par Sarah Maldoror dans sa première oeuvre cinématographique, le court – métrage « Monangambée » réalisé en 1969/1970 qui parle aussi de la lutte anticolonialiste en Angola. Ce livre publié pendant la guerre de libération avait pour but de mobiliser l’opinion publique sur la situation en Angola. L’exemplaire en ma possession est dédicacé par Mario de Andrade (himself!) à Roger Bastide, sociologue et anthropologue français ayant mené plusieurs recherches et études sur les peuples et cultures du Brésil.

Ce film qui reste assez fidèle à la nouvelle décrit la résistance anticolonialiste à Luanda, l’univers carcéral colonial et les débuts de la lutte de libération armée dans les 60s à travers l’histoire de Domingos Xavier, un conducteur de tracteur sur un chantier dans le village de Dondo et qui est aussi un militant de la lutte de libération de son pays. Domingos (de) Oliveira qui joue le rôle de Domingos Xavier est un exilé Angolais recruté comme tractoriste au Congo que Maldoror a rencontré presque par hasard et qu’elle a retenu pour son film.

Un matin, il est arrêté par des hommes du PIDE (police secrète politique portugaise) pour ses activités politiques qu’il menait clandestinement avec certains de ses collègues; arraché à sa femme qui ignorait les activités politiques de son époux et à son enfant. Il est brutalisé et emporté dans un 4×4 vers une destination inconnue.

Dès lors, sa femme Maria va partir à la recherche de son mari dont elle n’a plus de nouvelles, allant de prison en prison, d’un bureau administratif à l’autre d’abord à Dondo puis à Luanda après un long chemin en bus. Ni ses cris, ni ses larmes ainsi que celles de son enfant ne suffiront pour retrouver Domingos encore moins le libérer. Des camarades militants du MPLA mènent aussi leur enquête pour déterminer l’endroit où Domingos a été enfermé. Elle finit par apprendre la mort de son homme à la prison de Luanda sous la torture d’agents colonialistes portugais du PIDE qui voulaient qu’il trahisse ses camarades de lutte en donnant des noms ou en reconnaissant des noms à propos desquels ces agents l’interrogeaient.

 

Sarah Maldoror et Mario de Andrade forment un couple iconique de la résistance Africaine

À travers une longue marche et grâce à ses contacts avec les militants du MPLA qui recherchent aussi activement Domingos, Maria découvre un aspect nouveau de la vie qui lui redonne espoir : la lutte pour la liberté. Les camarades militants de Domingos lui rendent hommage à la fin du film après avoir appris sa mort. Pour eux, le combat continue et Domingos vivra éternellement dans la mémoire du peuple Angolais.

Un fait marquant et surprenant dans ce film est le mélange de plusieurs langues Africaines dans certains dialogues : le kikongo, le lingala et le kimbundu.
Un des aspects les plus intéressants de ce film et que Sarah Maldoror aimait souligner est la conscientisation politique progressive au cours du film de Maria, et sa participation active à la lutte de libération du pays à travers sa marche courageuse qu’elle effectue avec son enfant sur le dos depuis Dondo jusqu’à Luanda pour retrouver son mari sans jamais se décourager.

Une image qui rompt avec l’idée très en vogue à cette époque de la femme Africaine qui passe le temps à attendre son mari et à lui faire des enfants. Beaucoup de collectifs féministes se sont intéressés à ce film pour cela et ont même collé l’étiquette « féministe » à Sarah Maldoror. Le film par rapport à la nouvelle a donné une place beaucoup plus importante à Maria interprétée par l’économiste Cap Verdienne Elisa Andrade: économiste et militante du PAIGC (qui avait déjà joué dans « Monangambée « ). Il ne s’agit plus de l’histoire de la résistance de Domingos tout seul comme dans le livre mais de celle du couple formé par Domingos et Maria.

Un autre aspect que j’ai trouvé époustouflant dans le film et le livre est la très bonne organisation des militants en des réseaux stratifiés qui communiquent très prudemment et intelligemment les uns avec les autres créant ainsi une véritable chaîne de solidarité et de générosité. C’est Zito un très jeune garçon a priori banal (mais à qui les militants du parti ont assigné le rôle de guetteur), qui tout en jouant avec les enfants de son âge, surveille l’entrée de la prison de Luanda va repérer Domingos.

Dès qu’il voit Domingos y arriver, il court informer son grand-père Petelo qui est en lien avec d’autres structures clandestines et ainsi de suite jusqu’à ce que Domingos soit identifié et que les militants mettent en place une stratégie pour le soutenir ainsi que ses proches.

Je ferai peut-être plus tard une analyse plus détaillée du film et du livre.
Les gens qui sont proches des gérants de Présence Africaine devraient leur demander de rééditer ce livre parce qu’il est ESSENTIEL…

Le film « Sambizanga » est sur youtube pour ceux que ça intéresse. »

Elimu

 
 
 
Kwabena Ndie

L’OJAL devient Elimu!

Pour beaucoup, si vous lisez ces lignes c’est parce que de près ou de loin vous connaissez l’OJAL. Que vous nous ayez connus depuis nos débuts en 2014 ou que vous venez de nous découvrir, que vous nous connaissiez à travers nos événements associatifs à Lyon ou à travers nos activités sur internet, vous êtes témoins d’une mutation : en effet comme la chenille devient papillon, nous tournons une page de vies de militants panafricanistes pour embrasser une nouvelle époque pleine d’aventures, l’Organisation de la Jeunesse de Lyon devient Elimu. Nous revenons dans cet article sur notre historique ainsi que les raisons de notre évolution.

 

Elimu est une plate-forme éducative numérique qui propose un nouveau regard sur l’éducation des personnes afrodescendantes. En effet, « elimu » est un mot swahili qui veut dire « éducation ». Le but est de promouvoir une éducation spécialisée pour personne d’ascendance africaine.

Cette plate-forme lancée en 2019 est le résultat de plusieurs années d’activités militantes et de réflexions personnelles et collectives.

Nous sommes deux frères, d’origine africaine qui depuis l’adolescence se posent des questions quant à leur place dans ce monde dominé par la suprématie blanche et l’hyper-capitalisme mondialisé. Très vite, la question de l’identité s’est fait ressentir car, comme la plupart des jeunes noirs évoluant dans un pays de Blancs, on nous renvoyait continuellement à nos origines et notre apparence. Vous connaissez sûrement tous les questions gênantes que les non-racisés peuvent poser au sujet de nos cheveux, notre peau, notre pays d’origine ou notre culture…

 

Le choix a été rapidement celui d’approfondir nos connaissances sur qui nous sommes en tant que garçons noirs et africains. Cette décision nous a conduites à la création d’une organisation panafricaniste dès 2014 qui se fit connaître dans la sphère afro-francophone sous le nom d’Organisation de la Jeunesse Afrodescendante de Lyon (OJAL).

L’organisation fonctionnait autour de trois pôles : Education, Black Business et Media et avec pour ligne directrice un programme politique que nous avons appelé « Initiative Communautaire » :

 

Les 5 principes fondamentaux :

UNITÉ :

Nous pensons que l’unité des populations afrodescendantes, où qu’elles se trouvent, ainsi que l’émergence d’une conscience communautaire sont des conditions sine qua non à l’élévation politique, économique, sociale et culturelle du continent et de la diaspora.

AUTODÉTERMINATION :

L’OJAL se positionne de manière ferme contre l’impérialisme et le paternalisme de toutes sortes. Nous promouvons de manière inconditionnelle l’indépendance réelle de notre peuple. Nous estimons que notre communauté a assez mendié, et qu’il est grand temps que nous comprenions qu’il est inadmissible que nous attendions que d’autres fassent pour nous ce que nous sommes amplement capable de faire pour nous-même et par nous-même.

SOLIDARITÉ ET RESPONSABILITÉ COMMUNAUTAIRE :

Il est impératif que notre communauté s’organise afin de créer de vrais réseaux de solidarité. Indéniablement les destins des populations afrodescendantes sont liés, il est donc dans notre intérêt de nous entraider et de collectiviser ressources et connaissances.

COOPÉRATION ÉCONOMIQUE :

L’OJAL est consciente que l’amélioration de nos destinés, ne passera que par la maîtrise de notre économie (promotion de l’auto-entrepreneuriat, soutien aux entreprises et institutions afro-descendantes) et la coopération productive. Notre communauté doit comprendre qu’elle s’appauvrit à chaque fois qu’elle dépense chez les autres. 

RAPATRIEMENT:

L’OJAL appel au rapatriement des forces vives de la diaspora vers notre continent (ou des territoires majoritairement noir). L’histoire des Afrodescendants prouve que l’offre d’intégration est hypocrite et mensongère, et affaiblit notre communauté au profit des autres.

 

Le but de l’OJAL était de créer une conscience communautaire dans la ville de Lyon, à travers un certains nombres d’activités de sensibilisation et de conscientisation à l’éducation politique afro diasporique (conférences, projection-débat, promotion du black business, micro-trottoir, programme de soutien scolaire …etc).

La team OJAL lors d’un événement de la promotion du Black Business en 2015

Cette organisation nous a permis de mettre en pratique nos idéaux et de les confronter à la réalité du terrain. Assez rapidement, nous étions connu dans la ville et les acteurs de la communauté (entrepreneurs, élus, présidents d’associations, étudiants …etc) nous sollicitaient régulièrement sur le thème du panafricanisme et de la revalorisation de soi. Nous étions la référence du « radicalisme noir » à Lyon, mais en France plus largement aussi.

L’OJAL faisant la promotion de l’Initative Communautaire à Lyon auprès des étudiants

C’est cependant sur internet que nous avons connu une plus grande exposition grâce à notre page Facebook qui regroupe 30 000 abonnés et notre site internet sur lequel nous publions régulièrement des articles sur l’histoire et l’actualité des Afrodescendants. Nous étions devenu une des organisations panafricanistes les plus influentes en France des 5 dernières années.

Notre réseau de partenaires et notre impact sur les membres actifs dans la communauté afro francophone venait consolider l’idée que nous étions sur la bonne voie.

Les cadres de l’OJAL avec le Dr. Umar Johnson

5 ans plus tard, forts de nos succès (le but de créer un eco-sytème afro communautaire à Lyon ayant été  globalement atteint) mais fatigués de cette vie ingrate de militants (sans salaire, reconnaissance pas à la hauteur des efforts …etc), l’un de nos co-créateur étant partis poursuivre ses activités de journaliste à Paris au sein de la rédaction du média NOFI, ce fût une opportunité pour nous de changer de format.

Nous visons maintenant bien plus large qu’une seule ville, nous visons les communautés afro de toute la planète, et nous nous concentrons sur la base du problème des Afrodescendants: l’éducation. C’est ainsi qu’est né Elimu qui se veut être l’ed-tech afro de référence, l’accélérateur de consciences noires dont le 21ème siècle à tant besoin.

Un an après sa création, Elimu devient internationale puisqu’elle est maintenant présente sur le continent africain, dans la ville de Kigali, au Rwanda précisement. Elle est une Organisation Non-Gouvernementale spécialisée dans l’éducation et la formation des personnes d’ascendance africaine où qu’elles soient. A Kigali par exemple, nous avons ouvert un ciné-club qui propose du contenu audio-visuel sur le thème de l’histoire et la culture des peuples d’Afrique dans un cadre de réflexion et de discussions.

Le logo du ciné club d’Elimu à Kigali

En attendant de nouveaux formats que nous mettrons en place pour diffuser les connaissances présentes dans le monde panafricain (Web TV, radio, maison d’édition …etc), restez connecté sur notre site, et nos réseaux sociaux !!

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Une rencontre panafricaine à Accra pour discuter des stratégies à adopter pour unir les Africains

En septembre 2018, de grands panafricanistes se réuniront à Accra, au Ghana, pour célébrer l’anniversaire du docteur Kwame Nkrumah et discuter des moyens de faire avancer l’agenda « Africa Must Unite ».

Parmi les personnalités marquantes figureront les vétérans panafricanistes Ernest Wamba dia Wamba et Cosmas Musamali du Parti socialiste zambien, le professeur Akilagpa Sawyer, ancien vice-chancelier de l’Université du Ghana, des mouvements de jeunes et d’étudiants, des représentants des syndicalistes tri-continentaux et de premier plan. de toute l’Afrique.

Surnommée la « Troisième conférence panafricaniste aujourd’hui », elle se tiendra à Accra, au Ghana, du 21 au 23 septembre 2018, sous le thème « Unifier les luttes des masses contre le capitalisme et l’impérialisme ». Cette conférence est la troisième d’une série des conférences organisées par « Pan-Africanism Today », une organisation de socialistes panafricains basée en Afrique australe.

Panafricanisme aujourd’hui

Le document d’information pour la conférence a noté que le panafricanisme a toujours été consacré à l’émancipation du continent africain et de tous les Afrodescendants du monde, de l’exploitation et de l’oppression.

Selon les mots de Cosmas Musali, « le panafricanisme concerne encore l’émancipation: cette fois-ci du néocolonialisme et du capitalisme néolibéral qui a perpétué l’exploitation et l’oppression des masses travailleuses ».

Cosmas Musali
 

Le panafricanisme aujourd’hui est donc l’expression d’une lutte de classe au sein de l’ordre capitaliste mondialisé. Toutefois, le panafricanisme d’aujourd’hui doit être compris comme une lutte de classe globale intégrant les dimensions économique, politique, sociale, culturelle, spirituelle, de genre et environnementale. La victoire n’est ni possible ni durable sans une intégration complète de toutes ces dimensions dans la lutte.

En résonance avec la pensée de Kwame Nkrumah, le panafricanisme d’aujourd’hui doit atteindre un caractère socialiste. Le socialisme est le seul cadre de référence qui permettrait au continent africain de:
a) surmonter l’hégémonie de la classe dirigeante néolibérale, 
b) permettre aux masses ouvrières exploitées et opprimées d’assumer le pouvoir de l’État, la vie politique, sociale et culturelle sous un véritable contrôle démocratique à travers un processus révolutionnaire. 

Première conférence panafricaniste – Lusaka

En 2016, le Comité de la liberté de la presse de Post Newspapers Limited, basé en Zambie, a organisé une conférence internationale sur le thème « Panafricanisme aujourd’hui » du 25 au 27 mars à Lusaka, en Zambie. Le but de la conférence était d’examiner de manière critique le contexte contemporain, le consensus sur les points d’action susceptibles de faciliter l’apprentissage collectif et l’implication des mouvements populaires dans la construction du panafricanisme.

La conférence a attiré des participants de 11 pays africains (Burkina Faso, Nigéria, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Kenya, Tanzanie, Mozambique, Zimbabwe, Afrique du Sud, Maurice et Zambie) ainsi que de neuf pays hors du continent africain ( à savoir les États-Unis d’Amérique, Trinité-et-Tobago, le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, l’Argentine, le Brésil, l’Inde et la France).

La conférence de 2016 a également reconnu que le terme socialisme devait, cependant, reconquérir l’espace public qu’il avait perdu au cours des deux dernières décennies. L’effondrement des pays socialistes en Europe de l’Est et l’hégémonie idéologique du capitalisme néolibéral ont exacerbé la situation. Cuba, la Bolivie, le Venezuela et plusieurs autres pays fournissent aux participants à la conférence un point de référence dans ce débat.

Le socialisme est de retour dans le discours public et ses vertus continuent d’offrir de l’espoir à des millions de personnes marginalisées et opprimées dans le monde. La jeune génération africaine est désillusionnée par l’inhumanité, la corruption et l’inégalité inhérentes au capitalisme néolibéral. Par conséquent, comprendre et embrasser le socialisme est le premier pas vers la création d’un avenir meilleur, en particulier pour la jeunesse africaine.

Cependant, un panafricanisme socialiste exige un véhicule robuste composé d’un réseau de partis politiques, de mouvements populaires, de syndicats, d’organisations paysannes, d’organisations féminines, d’organisations de jeunesse et d’autres entités progressistes sur le continent et dans le monde entier. Ce véhicule doit encore être construit.

La conférence de Lusaka a fourni les premières « parties » à l’assemblage de ce véhicule. Des travaux plus systématiques sont nécessaires dans les mois et les années à venir dans ce contexte.

À court et à moyen terme, les principaux domaines d’intervention sont les suivants:
a) constituer une coalition anti-impérialiste panafricaine de travailleurs, de paysans, d’étudiants, d’intellectuels progressistes et d’autres mouvements; et
b) approfondir la compréhension collective des complexités du capitalisme mondialisé et de la réponse panafricaine requise pour la consolidation et le renforcement de la lutte des classes.

Ernest Wamba dia Wamba
 


Deuxième conférence tunisienne

La deuxième conférence « Panafricanisme aujourd’hui », qui s’est tenue à Borj Cédria, en Tunisie, du 30 juin au 2 juillet, a attiré environ 200 participants de 39 pays. Le thème de la conférence était « Construire une plateforme socialiste plus forte pour l’Afrique ».

La deuxième conférence panafricaine a observé que l’impérialisme impulsé par le capital financier et les sociétés multinationales se renforçait par des méthodes plus sophistiquées pour maintenir le statu quo sur le continent.

La conférence s’est conclue par un engagement des participants aux luttes révolutionnaires – celles qui visent à transformer notre continent en une société plus humaine, plus prospère et plus pacifique axée sur les valeurs socialistes.

Cela a permis de mettre l’accent sur l’émancipation de la classe ouvrière contre le néocolonialisme et le capitalisme néolibéral. La conférence a porté sur les questions de genre, d’inégalité, d’économie, de culture et de politique liées aux caractéristiques et aux principes socialistes.

Troisième conférence « Panafricanisme aujourd’hui »

La troisième conférence du Panafricanisme d’aujourd’hui se tiendra sous la bannière « Unifier les luttes des masses contre le capitalisme et l’impérialisme » au Ghana du 21 au 23 septembre 2018.

La troisième conférence est liée aux préparatifs de l’Assemblée internationale des mouvements et organisations populaires qui se tiendra au Venezuela en février 2019. La résolution de la troisième conférence panafricaine constituera donc la contribution panafricaine à l’unité de la classe et de lutte contre le capitalisme et l’impérialisme en Afrique et dans le monde.

La conférence d’Accra réunira des jeunes panafricanistes d’Afrique et de la diaspora, des universitaires tri-continentaux, des jeunes de la Emerging Leaders Foundation basée à Nairobi au Kenya et l’Institut panafricain basé à Accra, au Ghana. Les grandes lumières des figures historiques du mouvement panafricain, y compris le penseur panafricain leader, Cosmas Musamali; Ernest Wamba dia Wamba, historien, philosophe et ancien guérillero en République démocratique du Congo, le professeur Akilagpa Sawyer du Ghana et des membres éminents de l’Union nationale des mineurs en Afrique du Sud.

 

Professor Akilagpa Sawyer

La conférence d’Accra examinera des questions telles que:

la nouvelle ruée vers l’Afrique: manifestations et conséquences; la militarisation du continent africain – objectifs et implications;
– luttes syndicales sur le continent;
– luttes paysannes et souveraineté alimentaire;
– luttes féministes : combattre les structures patriarcales et la conscience de classe au sein de conflits ethniques et régionaux inspirés par le continent;
– mouvements de jeunes et d’étudiants.

La conférence d’Accra sera également l’occasion de permettre aux panafricanistes d’examiner les résultats des conférences Panafricanistes d’aujourd’hui, du 8ème Congrès panafricain d’Accra et de célébrer la vie et l’époque de Kwame Nkrumah dont les Ghanéens célèbrent l’anniversaire en septembre 2018. .

Kwame Nkrumah et Abdel Nasser

Source : www.pambazuka.org
Traduit par la Team OJAL 

 

Le co-fondateur du Black Panther Party, Elbert Big Man, nous quitte

Big Man le 4 avril 1970 (AP Photo/Charles W. Harrity, File)

Elbert « Big Man » Howard, cofondateur du Black Panther Party, qui a servi de rédacteur en chef, de responsable de l’information et de génie logistique aux programmes sociaux populaires du groupe, est décédé à 80 ans le 23 juillet 2018.

Sa femme, Carole Hyams, a déclaré que Howard était mort lundi à Santa Rosa, en Californie, après une longue maladie.

Les amis et la famille ont décrit Howard comme un «gentil géant» capable de peindre avec des mots ce que disait une chanson de jazz. Howard était un auteur, un disc-jockey de jazz volontaire, un conférencier et un activiste dans le comté de Sonoma, où il s’est ensuite établi.

Howard était l’une des six personnes qui ont fondé le Parti des panthères noires pour l’autodéfense à Oakland en octobre 1966, avec Bobby Seale et Huey Newton. L’organisation politique a commencé à patrouiller en prevention des bavures policières.


Les principaux membres ont démissionné en 1974 après des années de combats fatals avec la police et entre eux. Plus tard, il est devenu clair que le FBI s’était engagé dans la surveillance et le harcèlement pour saper le parti et incriminer ses dirigeants.

Howard a quitté le parti en 1974, mais au cours de ses années d’activité, il a été rédacteur en chef de son journal et sous-ministre de l’Information. Il a voyagé en Europe et en Asie pour créer des sections et était responsable des programmes sociaux qui ont rendu du parti célèbre.

Billy X. Jennings, un ami de longue date et archiviste du parti, a déclaré que Howard était la personne qui avait négocié des prix plus bas et organisé des camions frigorifiques pour des dons alimentaires. Plus tard, en tant qu’administrateur dans un collège local, il organisa un programme pour que les détenus puissent suivre des cours.

« Il était un membre bien-aimé », a déclaré Jennings. « Les gens ont peut-être eu des rancunes contre Bobby ou Eldridge (Cleaver), mais personne n’a de rancune contre Big Man. »

 

Le 27 novembre 1970 lors d’une conférence de presse à Washington (AP Photo/Charles W. Harrity, File)

 

Howard est né le 5 janvier 1938 à Chattanooga, dans le Tennessee, en tant qu’enfant unique d’Emma et d’Anderson Howard. Il a rejoint l’armée de l’air et a été affecté à la base aérienne de Travis à Fairfield, en Californie.Jennings a déclaré qu’après sa sortie, Howard s’est inscrit au collège Merritt, où il a rencontré Seale et Newton. Seale reste actif en politique. Newton a été tué en 1989.Hyams était infirmière quand elle a rencontré Howard en 1969; ils ont rompu quand il a commencé à voyager pour le parti.« Il était énorme, il était impressionnant, il était silencieux », a-t-elle déclaré. « Il semblait presque timide, mais se portait avec une grande distinction. »Après que Howard ait quitté le parti, il est retourné au Tennessee et a travaillé comme directeur des ventes, a déclaré Jennings. Les amis ont repris contact dans les années 90, et Howard est devenu actif dans les réunions et les événements du parti.En 2005, Hyams a contacté Howard par téléphone après que le fils d’un ami eut trouvé ses informations en ligne. Ils se sont réunis et se sont mariés dans sa maison du comté de Sonoma en 2008.Parmi ses survivants figurent sa fille Tynisa Howard Wilson de Landover, dans le Maryland, et ses petits-fils, Jaylen et Amin; le beau-fils Robert Grimes de San Pablo en Californie et trois beaux-petits-enfants.

Traduit par la Team OJAL 

Je suis de Philly. 30 ans plus tard, j’essaie toujours de comprendre le bombardement MOVE

Un article de Gene Demby pour  npr.org

Parlez à certains des gens qui ont vécu l’attentat à la bombe du 62 e et de l’avenue Osage, dans l’ouest de Philadelphie, il y a 30 ans, et vous remarquerez qu’ils se réfèrent à l’événement par sa date complète. 13 mai 1985.

Quartier résidentiel sur l’avenue Osage à Philadelphie. Il y a trente ans, cette rue a été bombardée dans une impasse entre MOVE et la police de Philadelphie.

 

C’est ainsi que Gerald Renfrow s’y réfère quand on parle de l’enfer. Sa maison est à environ 30 mètres de l’enceinte sur laquelle la bombe a été larguée – ground zéro. Il vivait là depuis longtemps avant l’attentat, et maintenant il est le capitaine de bloc, essayant de garder la maison où il a grandi et a élevé sa propre famille.

C’est ainsi que Perry Moody s’y réfère aussi. Sa maison se trouve du côté nord de Pine Street. Ce jour-là, il y a trois décennies, il avait été évacué du bloc, mais les maisons de l’autre côté de la rue avaient été englouties par les flammes.

Perry Moody devant sa maison au 6225 Pine St. à Philadelphie.

Tout comme Ramona Africa. Elle était en fait à l’intérieur de la maison ciblée au 6221 Osage alors qu’elle était la cible des balles de police et d’un déluge de canons et, finalement, abattue par une bombe artisanale larguée d’un hélicoptère de la police. Elle a réussi à échapper au bâtiment en feu. Ses collègues membres de MOVE, l’organisation radicale à laquelle elle appartenait et qui se tenait à l’écart de la ville de Philadelphie, n’étaient pas aussi chanceux.

Le bombardement MOVE était un cataclysme pour ma ville natale, une partie de la mémoire collective des Philadelphiens d’un certain âge. J’ai grandi à South Philly, à environ 20 minutes de route de Ground Zero, mais j’avais 4 ans quand c’est arrivé, trop jeune pour se souvenir de la journée. Mais en vieillissant, j’apprendrais en morceaux et sur le rôle central qu’il a joué dans l’histoire de la police dans ma ville natale.

J’ai recommencé à revoir l’histoire de MOVE l’automne dernier, alors que la question de la race et de la police commençait à faire partie des nouvelles. Presque tous les aspects de cette grande métastorie – la méfiance mutuelle entre la police et les communautés noires, la militarisation des forces de l’ordre locales, les incidents de brutalité policière – semblaient résonner dans l’histoire particulière de l’attentat à la bombe. Mais dans le cas de MOVE, le volume a été augmenté. La police de la ville a tué près d’une douzaine de personnes et, dans le processus, a rasé tout un quartier, un quartier rempli de propriétaires noirs de la classe moyenne. Ni le maire qui a approuvé l’attentat, ni les officiers qui l’ont exécuté n’ont subi de répercussions officielles.

Map of Philadelphia
Source: Open Street Map

Aujourd’hui, le bloc étroit se trouve étrangement calme; La plupart des maisons qui ont été construites pour remplacer celles détruites par l’incendie sont maintenant vacantes, scellées et cadenassées. Les résidents restants, comme Renfrow, sont dans les limbes. Peut-être que la ville va réhabiliter ces bâtiments. Peut-être aussi les raser. Mais comme la plupart des personnes responsables de la tragédie et de la ville sont passées aux prises avec de nouveaux dilemmes, il est assez facile d’oublier complètement la 62e et Osage.

Mais quelques résidents n’ont jamais quitté le pâté de maisons 6200 de l’avenue Osage, et ils se souviennent rapidement de leur quartier avant le printemps 1985: un beau pâté de maisons tout près du parc Cobbs Creek, qui fait partie d’une collectivité sécuritaire et unie où les gens faisaient des barbecues ensemble pendant que leurs enfants jouaient dans la rue. Je voulais leur parler, ainsi qu’à d’autres qui ont vécu ce jour à Philadelphie, de ce dont ils se souvenaient.

13 mai 1985: L’attentat à la bombe

Voici ce que ma mère se souvient de l’attentat à la bombe. C’était le lundi après la fête des mères et trois jours après son anniversaire. Elle a emmené ma soeur jumelle et moi à l’école avant de retourner à notre appartement de South Philly. Elle prenait une journée personnelle de travail – une journée de paix et de tranquillité qui devait être un cadeau d’anniversaire tardif pour elle-même. Mais quand elle est rentrée et a allumé la télé, elle a vu que Philly n’allait pas l’obliger.

Toutes les stations locales faisaient état d’une confrontation à West Philly entre la police et MOVE, un groupe radical qui avait transformé une maison en rangée au 6221 Osage Ave. dans un composé fortifié. Elle n’a pas été exactement surprise par ce qu’elle a vu sur le live; tout le monde savait que ce jour-là arriverait un moment, car les tensions entre MOVE et la police – et entre MOVE et leurs voisins sur ce bloc – avaient augmenté depuis des années.

Le quartier où le groupe radical MOVE était localisé

Comme les résidents ont été évacués de leurs maisons avant l’épreuve de force, la police leur a dit de prendre des vêtements et des brosses à dents. Ils devraient être de retour chez eux le jour suivant, a indiqué la police.Il y avait près de 500 policiers rassemblés sur les lieux, ridiculement, férocement bien armés – gilets pare-balles, gaz lacrymogène, équipement SWAT, mitrailleuses de calibre .60 et .60, et une mitrailleuse antichar pour faire bonne mesure. Des fusils de déluge ont été pointés des firetrucks. La police d’état avait envoyé un hélicoptère. La ville avait coupé l’eau et l’électricité pour l’ensemble du bloc. Et, nous venions d’apprendre, il y avait des explosifs à portée de main.La police était venue avec des mandats pour plusieurs personnes qu’ils croyaient être dans l’enceinte à 6221. Personne ne savait combien d’armes les gens de MOVE avaient, ou même combien de personnes étaient dans l’enceinte – la police a deviné qu’il y avait six adultes et peut-être jusqu’à 12 enfants à l’intérieur. Les membres de MOVE avaient construit un bunker sur le toit de la maison, leur donnant une vision claire des positions de police ci-dessous.Les derniers avertissements de la police ont commencé ce matin là, un peu après 5h30. « Attention, MOVE … C’est l’Amérique », Gregore Sambor, le commissaire de police, a crié dans son mégaphone aux gens dans l’enceinte. « Vous devez respecter les lois des États-Unis. »

Vers 6 heures du matin, on a dit aux membres qu’ils avaient 15 minutes pour sortir. Au lieu de cela, quelqu’un de la maison MOVE a commencé à tirer sur la police. La police a renvoyé le feu naturellement – encore et encore et encore. Selon le rapport officiel sur l’événement, la police a tiré 10 000 cartouches au complexe MOVE au cours des 90 minutes suivantes; ils ont finalement dû demander à l’académie de police d’envoyer plus de balles.Pendant ce temps, les équipes SWAT ont tenté de faire des trous dans le côté de l’enceinte via les maisons mitoyennes adjacentes. Ça n’a pas marché. À la télévision, les journalistes présents sur les lieux se sont cachés pour se protéger en déposant leurs dépêches. Les spectateurs et les résidents se sont rassemblés sur les barricades à proximité pour regarder. Au cours des prochaines heures, la police a déclenché plus d’explosions pour tenter d’accéder au bâtiment. Les flics ne pouvaient pas entrer et les gens de MOVE ne sortaient pas.C’était le chaos, et ça a continué comme ça toute la journée – des coups de feu et des explosions et des maisons bien entretenues à proximité ont été éventrées et détruites. Dans l’après-midi, le maire Wilson Goode a tenu une conférence de presse et a déclaré aux journalistes qu’il voulait «prendre le contrôle de la maison … par tous les moyens possibles».

Dans l’après-midi, Goode a pris sa décision fatidique: la police a obtenu le feu vert pour déposer une bombe de fortune sur le complexe MOVE dans une tentative de détruire le bunker sur son toit.

Voici comment Linn Washington, professeur de journalisme à l’Université Temple qui couvrait le siège ce jour-là en tant que journaliste pour le Philadelphia Daily News, se souvient de ce qui s’est passé ensuite. Il se tenait à proximité d’un poste de commandement de la police, feuilletant ses notes. Il y avait un hélicoptère dans le parking, at-il dit. « Je vois ces trois types sortir du bâtiment – tous avec des pistolets de 9 millimètres, l’un d’entre eux avait une mitraillette et l’un d’entre eux avait une sacoche », at-il dit. « Et ils ont dit, ‘Hey, tu dois sortir d’ici!’ « 

« Alors l’hélicoptère a décollé, fait un cercle, est revenu et tout le quartier a tremblé », m’a dit Washington. « On aurait dit qu’une canalisation principale avait explosé – mais certains membres des médias savaient que c’était une bombe et les choses ont simplement commencé à partir de là. »

Les flammes tournent vers le ciel au complexe MOVE dans l’ouest de Philadelphie le 13 mai 1985.

Tout le monde sur la scène a entendu l’explosion. Les téléspectateurs à la maison ont vu le moment de l’impact à la télévision, et ils ont également vu que le bunker sur le toit – la cible que la bombe était censée neutraliser – était toujours debout.Mais le toit avait pris feu, et de la fumée commençait à flotter sur les toits des maisons en rangée. Le feu semblait prendre de l’ampleur, mais Sambor, le commissaire de police, a ordonné aux pompiers de se retirer. (« J’ai communiqué … que je voudrais laisser le feu brûler », at-il déclaré plus tard à la commission de la ville.)Dans les 45 minutes, trois autres maisons sur le bloc étaient également en feu. Puis le toit de la maison MOVE s’est plié sous les flammes et s’est effondré. Au moment où les pompiers ont finalement commencé à combattre le feu sérieusement, il était trop tard. En 90 minutes, tout le côté nord de l’avenue Osage était en feu.Les rues de Philadelphie sont réputées étroites, ce qui permet au feu de sauter des arbres brûlants du côté nord vers d’autres maisons du côté sud. Puis les flammes ont débordé sur les maisons derrière le 6221 Osage, à Pine Street. Le soir, trois rangées de maisons étaient complètement en feu, une conflagration si grande que les flammes pouvaient être vues des avions atterrissant à l’aéroport international de Philadelphie, à plus de 6 miles. La fumée pouvait être vue de l’autre côté de la ville.« Déposez une bombe dans un quartier résidentiel, je n’ai jamais entendu parler de ça », a déclaré un habitant du quartier ce soir-là. « C’est comme le Vietnam. »Au moment où le feu était enfin sous contrôle, un peu avant minuit, 61 maisons de ce bloc bien rangé avaient été complètement détruites. Deux cent cinquante personnes étaient soudainement, scandaleusement, sans maisons. C’était le pire incendie résidentiel de l’histoire de la ville.En fin de compte, 11 personnes sont mortes dans l’incendie. Cinq d’entre eux étaient des enfants. Il a fallu des semaines avant que la police puisse identifier leurs restes.

Ramona Africa, membre de MOVE, est conduite à l’Hôtel de Ville de Philadelphie le 9 février 1986 après qu’un jury l’a reconnue coupable de deux accusations et l’a acquittée de 10 autres dans une affaire issue de la confrontation meurtrière entre la police et le groupe radical. . Le jury a reconnu Africa coupable d’émeute et de conspiration.

Comment MOVE a atterri sur l’avenue Osage

Seulement deux personnes ont réussi à sortir du complexe MOVE: une femme nommée Ramona Africa et un jeune garçon nommé Birdie Africa. En grandissant, j’avais vu Ramona Africa à plusieurs reprises à la télévision interviewée par des journalistes lors de son procès civil contre la ville. Je me suis souvenu d’elle comme une femme aux yeux endormis avec des dreadlocks. En 1996, un jury a ordonné à la ville de lui verser 500 000 $, jugeant que le siège du complexe MOVE violait ses droits constitutionnels. J’ai rencontré Ramona Africa la semaine dernière, dans un parc de Philly près d’où elle vivait depuis sa sortie de prison en 1992. (Elle était la seule personne impliquée dans l’attentat MOVE à servir n’importe quand.) Elle portait une chemise peau de pêche, un short et des sandales. Ses dreadlocks de signature étaient maintenant mouchetés de gris. Ses bras et ses jambes étaient couverts de brûlures. Elle est proche de 60 maintenant, mais elle était toujours sur le message. « Qu’est-ce qui fait de Nathan Hale un combattant de la liberté et de Delbert Africa un terroriste urbain? » elle m’a demandé, rhétoriquement. « Réussir à résister à l’oppression et à l’injustice malgré la légalité doit être félicité et célébré, ou être pénalisé et jamais accepté. »

Pour une raison quelconque, je me souvenais toujours d’elle de ses interviews télévisées comme erratique et délirant. Mais pendant que nous parlions dans le parc, je ne pouvais pas comprendre où et comment j’avais formé cette impression. À part les détails de ce qu’elle disait, elle semblait être le genre de personne qui pourrait aller à l’église avec ma mère et ma tante – pleines de conviction, certes, mais aimables et bavardes. Alors que nous étions assis dans le parc, elle a retracé sa propre histoire et m’a raconté comment elle s’est associée à MOVE. Ramona a grandi à West Philly dans une famille de classe moyenne, est allé à West Catholic High School, plus tard à Temple University. Elle voulait être avocate, a-t-elle dit, jusqu’à ce qu’elle commence à travailler sur les problèmes de logement communautaire. « Vous ne pouvez pas être un travailleur du logement et ne pas devenir un activiste », a-t-elle dit. C’est vers cette époque, au milieu des années 1970, qu’elle a commencé à rencontrer des membres de MOVE, qu’elle verrait au tribunal. Ils étaient justes, pensa-t-elle. J’ai appris par d’autres personnes, cependant, que dans ces années, l’organisation MOVE jouissait d’une réputation étrange dans la ville, en partie parce que personne ne pouvait vraiment le comprendre. Le groupe a été formé par un homme qui s’appelait John Africa; tous ses disciples ont laissé tomber leurs noms et ont adopté « l’Afrique » à la place. Les membres de MOVE protesteraient devant le zoo de la ville pour les droits des animaux. Ils ont mangé de la nourriture crue. Ils étaient contre la technologie.

Les membres de MOVE tiennent des fusils à canon scié et des armes automatiques devant leur poste de commandement barricadé le 21 mai 1977.

          

« Vous avez eu le végétarisme et certains aspects du rastafarianisme », m’a dit Robin Wagner-Pacifici, un auteur qui a écrit sur MOVE. « Je pense qu’ils avaient leur propre désir conscient d’être non catégorisable. »Dans les reportages, ils étaient souvent décrits comme des proches idéologiques d’autres groupes radicaux noirs de l’époque, mais Ramona m’a dit que MOVE n’était pas un groupe nationaliste noir et qu’il se vantait toujours de membres non-noirs. En effet, leurs côté grandiloquant  et leur franc-parler les mettent souvent du mauvais côté de nombreux groupes locaux et communautaires avec lesquels ils étaient associés. Washington, l’ancien collaborateur de Philadelphia Daily News, m’a dit que les membres de MOVE avaient une fois interrompu vocalement et avaient fait dérailler une réunion organisée par des leaders communautaires entre deux gangs locaux qui étaient prêts à accepter une trêve. « Les libéraux et les progressistes et les nationalistes dans la ville étaient comme, ‘Uhhh, qu’est-ce qui se passe avec cet équipage?’  » a-t-il dit. Mais Washington a déclaré qu’ils n’étaient pas exactement des exclus. « Il y avait cette déférence en termes de respect des droits », a-t-il déclaré. « Et [d’autres groupes] disaient que nous ne les aimions peut-être pas, mais que si c’est MOVE aujourd’hui, c’est nous demain, alors nous devons nous lever … et déballer les choses dans lesquelles ils se sont embarqués. »

Au fil du temps, cependant, la réputation du groupe est devenue plus menaçante. Les membres de MOVE ont commencé à squatter dans une maison à Powelton Village, un quartier de l’ouest de Philadelphie, non loin de l’université de Pennsylvanie. C’était une zone dont les habitants étaient connus pour être disposés à des arrangements familiaux contre-culturels et non traditionnels. Mais même là, MOVE n’a pas tardé à épuiser la patience de ses voisins. Les membres de MOVE arpentaient le toit de la maison qu’ils occupaient, vêtus de treillis et brandissant des armes. Dans les harangues au mégaphones, souvent émises par un membre nommé Delbert Africa, ils appellent à la libération des membres du MOVE emprisonnés et menacent les fonctionnaires de la ville. Les agents fédéraux ont saisi une cache d’armes de MOVE qui comprenait des douzaines de bombes artisanales. À un moment donné, la ville a barricadé plusieurs blocs entourant le complexe MOVE pendant 56 jours consécutifs. À l’été 1978, les membres de MOVE concluent un accord avec la ville: ils remettent leurs armes et quittent leur bâtiment si la ville libère plusieurs membres de MOVE des prisons de la ville. La ville a honoré l’accord, mais MOVE n’est pas parti. Le 8 août 1978, la tension atteint ce qui semblait être son apogée. La police a tenté de retirer MOVE du bâtiment avec des canons à eau et des béliers et a été touchée par des tirs provenant du sous-sol du bâtiment. Un officier nommé James Ramp est tombé à terre et est mort. Seize autres policiers et pompiers ont été blessés.

Après plusieurs heures d’attente, les gens de MOVE se sont finalement rendus et ont commencé à sortir du sous-sol un à la fois. Mais les flics étaient livides sur le meurtre de Ramp. Ils sont allés après Delbert Africa – le membre de MOVE qui les avait nargués du bâtiment – l’ont attrapé par ses dreadlocks et l’ont jeté au sol. Plusieurs officiers se sont joints à lui, le frappant et le piétinant. Ce moment a été capturé sur un film par un photographe du Philadelphia Daily News, et pour beaucoup de gens, la police qui a battu un homme non armé et à moitié nu était l’image durable de l’épreuve de force. Deux ans plus tard, neuf membres de MOVE ont été reconnus coupables de meurtre au troisième degré dans la mort de Ramp et condamnés à 30 à 100 ans de prison – le MOVE 9, ont ils été appelés. Après avoir quitté le village de Powelton, MOVE a établi une nouvelle base au 6221, avenue Osage, où vivait la sœur d’un membre, dans un quartier calme et bourgeois parmi les quartiers noirs. C’est à cette époque que Ramona devint le «ministre de l’Information» de MOVE, traitant la plupart de ses interviews avec la presse, et changea son nom de famille en Afrique. Mais sur l’avenue Osage, les tensions s’intensifièrent: MOVE commença à arpenter les fenêtres et les portes de la maison avec des traverses de bois et de chemin de fer, transformant la maison en rangée de la ruelle en bunker fortifié. Les résidents ont continué leurs diatribes sur le haut-parleur.

Leurs nouveaux voisins ont plaidé avec eux. Ensuite, les voisins ont contacté la ville. La police avait un de l’information sur MOVE et la formation du nouveau collectif. Il y avait des avertissements de la police, et des contre-attaques de MOVE. MOVE a répondu avec plus de belligérance du haut-parleur. Et ainsi de suite, c’est comme ça, jusqu’en mai 1985, quand la police de la ville et MOVE se sont accroupis pour leur impétuosité.

 Votez pour Rizzo

Je me souviens encore très bien de la première fois que j’ai entendu parler de MOVE et de l’attentat à la bombe. C’était en 1987, deux ans après, et ma mère préparait ma sœur et moi à l’école le matin. Les nouvelles du matin étaient à la télévision, et une publicité politique est apparue pendant une pause publicitaire. Dans l’annonce, une caricature du maire Wilson Goode portait des lunettes de sport et un de ces casques de pilote de bombardier en cuir de la Seconde Guerre mondiale. Une voix sinistre, celle que vous entendez seulement dans les publicités politiques, entonna: Wilson Goode lâcha une bombe dans un quartier de Philadelphie. Voulez-vous qu’il dirige votre ville?     

Le maire de Philadelphie Wilson Goode se tient sur le toit d’une maison nouvellement construite, le 17 septembre 1985, sur le site de la bataille meurtrière avec le groupe MOVE. Les propriétaires de maisons incendiées à la suite du siège de la police du siège de MOVE ont regardé le processus de reconstruction avec scepticisme.

Ensuite, l’annonce a exhorté les téléspectateurs à voter pour le challenger de Goode dans la course, Frank Rizzo. J’avais seulement 6 ans, mais j’avais entendu parler de Wilson Goode – il était le premier maire noir de la ville, et il était tout le temps à la télé, d’ailleurs. Je n’avais jamais entendu parler de Frank Rizzo, mais je savais qu’il n’était pas un bombardier.

« Maman, tu devrais voter pour Frank Rizzo parce que la chose à la télé disait qu’il a tiré des bombes sur les maisons de certaines personnes », je me souviens d’avoir dit à ma mère.

Maman n’était pas d’accord. « Je vote pour Wilson Goode. » Son ton indiquait qu’elle n’allait pas avoir d’autres questions. J’ai eu le message.

Ma mère ne m’a jamais beaucoup parlé de la politique désordonnée de l’attentat de MOVE. Je ne me souviens pas d’avoir entendu parler d’autres adultes ou d’enseignants que j’avais. En effet, jusqu’au collège, j’avais seulement entendu des références passagères au groupe. Mais lorsque les gens l’évoquaient, je me souvenais toujours d’eux exprimant une ambivalence bizarre – une vague sympathie envers MOVE et un vague dédain.

Et de temps en temps, alors que je grandissais, un membre de MOVE, Ramona Africa, apparaissait dans les journaux télévisés locaux, généralement à cause d’une dispute juridique avec la ville liée à l’attentat. Parfois, il y avait un B-roll de ce qui semblait être une rangée interminable de maisons en rangée qui ressemblaient aux nôtres, s’élevant dans les flammes.

Le commissaire de police de Philadelphie Frank Rizzo en conférence de presse le 7 septembre 1970

Warren M. Winterbottom/AP

   
 La première fois que ma mère et moi avons vraiment parlé de l’attentat à la bombe MOVE, ce dont elle se souvenait était ce printemps. Elle ne se souvenait pas que je l’interrogeais à propos de Goode ou de Rizzo il y a toutes ces années, mais elle pouvait imaginer rouler des yeux à l’idée de voter pour Rizzo, même si cela ne venait pas d’un garçon bavard de six ans. En 1986, Rizzo s’était de nouveau présenté à la mairie; il avait déjà servi deux mandats dans les années 1970 avant de se heurter à des limites de mandat. Il a tenté de faire annuler ces limites de mandat, en appelant ouvertement les électeurs blancs de la ville à voter «blanc» en ce qui concerne la mesure de vote. Pour beaucoup de Philadelphiens noirs d’un certain millésime, comme ma mère, Rizzo, l’ancien commissaire de police de la ville, était le visage et le cerveau de la police brutale et agressive de Philadelphie. Ma mère m’a raconté le moment où il a arrêté un groupe de Black Panthers, les a fouillés en public et a invité la presse à couvrir toute l’épreuve; Des photos d’hommes nus et humiliés ont été éclaboussées à travers les pages des journaux locaux le jour suivant. Et elle m’a parlé du moment où la police a tiré et tué son ami Ricky, qui était un spectateur lors d’une fusillade et s’était caché sous une voiture à proximité pour la couverture. Il y avait des choses dont elle n’avait pas été témoin: la mêlée qui s’en suivit après que Rizzo eut envoyé des centaines de policiers brandissant une mitraille pour disperser une manifestation pacifique de lycéens noirs et de lycéens qui protestaient contre le bâtiment du Board of Education. (« Obtiens leurs culs noirs! » a été largement cité comme étant ses paroles pendant les fracas.) Ou le fait que les flics de Philly étaient tristement célèbres pour les « chutes de gazon » – au lieu de prendre les gens noirs qu’ils avaient arrêtés en prison, ils les laissaient dans les quartiers ethniques blancs hostiles à travers la ville.

L’hostilité que les gens noirs de Philly avaient pour le service de police était profondément enracinée, et Rizzo avait aidé à semer les graines. Et pendant sa mairie, il est devenu encore plus enhardi. (« Je vais être si dur en tant que maire, je vais faire ressembler Attila le Hun à un pédé », a déclaré Rizzo.) Il a été le maire de la ville lors du premier siège MOVE en 1978; Pendant son mandat, le ministère de la Justice déposerait une plainte contre le département de police de la ville pour brutalité. Ma mère avait grandi dans le Philadelphie de Rizzo, et quand nous avons parlé ce printemps, elle m’a dit qu’il était essentiellement la raison pour laquelle j’avais The Talk (« tradition » afroaméricaine qui veut que les parents parlent de la brutalité policière à leurs enfants lorqu’ils ont l’âge de sortir dehors ndlr) quand je grandissais, pourquoi elle flippait toujours pendant mon adolescence si j’étais dehors tard le soir et n’avait pas appelé pour le signaler. C’est pourquoi elle n’aurait jamais pu envisager de voter pour Rizzo, même si cela signifiait soutenir le maire sortant qui avait allumé un quartier noir.nGoode a gagné en 1986, mais par la marge la plus mince: 51 pour cent pour lui, et 49 pour cent pour Rizzo. Clairement, ma mère n’était pas la seule Philadelphienne noire avec une ambivalence bizarre envers MOVE. Je me souviens d’avoir ressenti ce sentiment chez d’autres adultes quand j’étais gamin: D’un côté, il y avait les gens plus âgés qui ont carrément qualifié le groupe de sale et bizarre. Mais alors vous verrez aussi des pancartes qui lisent « Free The MOVE 9 » à n’importe quel festival culturel noir de la ville.

Une partie de cette ambivalence était certainement due à la lente réorganisation de MOVE dans les années qui ont suivi l’attentat à la bombe, une tentative pour rendre l’organisation moins hostile. Mais je soupçonne que cela vient aussi d’un sentiment de beaucoup de Noirs à Philly, donc maintenant: alors que les gens de MOVE étaient des fauteurs de troubles fous qu’ils ne voudraient pas comme voisins, la police pourrait être bien pire.

Dans le Clark Park de Philadelphie, les membres de MOVE, Pam Africa (à gauche) et Ramona Africa.

  Pourquoi voudrais-je y retourner? Voici comment Ramona Africa, le seul survivant adulte de l’attentat à la bombe, se souvient de ce jour-là depuis l’intérieur de la maison MOVE. Elle et les autres membres de MOVE à l’intérieur de la maison écoutaient les événements pendant qu’ils se déroulaient à la radio – des événements qu’ils, bien sûr, auquels ils étaient au centre. «Nous avons finalement eu l’impression qu’ils avaient tous leurs plans et qu’ils étaient prêts à nous attaquer – et à nous tuer», a-t-elle dit. Ils ont décidé de se réfugier dans le sous-sol, qu’ils pensaient être la partie la plus sûre de la maison. Il y avait des coups de feu pendant la journée et de la fumée de gaz lacrymogène. Puis, dans l’après-midi, la maison a basculé. « Au départ, nous ne savions pas qu’ils avaient largué une bombe », a-t-elle dit. « Je veux dire, pourquoi est-ce que ça nous aurait même fait penser qu’ils avaient largué une bombe sur notre maison? »Au fil des années, l’Afrique a soutenu que lorsque les membres de MOVE ont tenté de s’échapper du bâtiment en feu pour se rendre, la police a ouvert le feu sur eux et ils ont été refoulés à l’intérieur. La police a fermement nié cela. Après l’attentat à la bombe, Birdie Africa, le garçon de 13 ans qui s’est enfui avec elle, a été placé sous la garde de son père. Il a plus tard changé son nom en Michael Moses Ward. La nuit de l’attentat serait la dernière fois que lui ou Ramona se verraient ou se parleraient. (Ward est décédé subitement à l’âge de 41 ans en 2013). J’ai dit à Ramona que j’allais parler aux gens de 62 et Osage et lui ai demandé la dernière fois qu’elle était allée là-bas. Elle m’a dit qu’elle n’était jamais revenue, pas depuis ce jour.« Pourquoi voudrais-je y retourner? » elle a demandé. « Je n’ai pas besoin d’aller là-bas pour me souvenir et je ne veux pas retourner là-bas. J’ai des sentiments. Ce que John Africa a enseigné MOVE, c’est que nous sommes des êtres vivants. Nous sommes vivants. Nous avons des sentiments. Je ne vois aucune raison de me mettre en position d’être blessé. « 

Elle a dit que MOVE est encore là aujourd’hui, bien qu’elle ait refusé de dire combien de membres elle avait. Comme nous lui avons dit au revoir, Ramona a fait signe à une jeune femme qui avait l’air d’être dans sa vingtaine qui venait à sa rencontre. Ramona a dit que la femme, qui était avec plusieurs petits enfants, était un membre de MOVE. Pendant qu’ils discutaient, un grand jeune homme a couru vers où nous étions, avec des enfants plus jeunes qui le suivaient. « On the move! » (en mouvement ndlr) dit l’homme en levant le poing en l’air vers Ramona alors qu’il courait. Les petits garçons ont fait la même chose.

Ramona et la jeune femme ont conclu leur conversation et ont dit au revoir. « On the move », dit-elle à Ramona en se détournant.

« On the move », a répondu Ramona.

Avec des rapports supplémentaires de Walter Ray Watson et Jeff Brady

Traduit par la Team OJAL 
 

Responsabilite Communautaire: Diddy appelle les Noirs à s’approprier la culture hip-hop

Sean « Diddy » « Brother Love » Combs repond présent pour les questions entourant la capacité des Noirs à s’approprier leur culture. Le rappeur / mogul l’a dit clairement lorsqu’il a répondu à un article du Billboard qui se demandait pourquoi le hip hop n’avait pas produit plus de cadres noirs de haut rang.




« CONNAIS TA VALEUR!!! SI CHACUN D’ENTRE VOUS, ROIS ET REINE VOULEZ VOUS REUNIR ET AGIR laissez-moi savoir !!! « Diddy a posté le lundi 16 avril. » SI NOUS NE POSSEDONS  PAS NOTRE CULTURE ALORS NOUS N’AVONS RIEN !!! Vous pensez que nous n’avons rien maintenant. Nous devons posséder notre culture! Ce n’est pas négociable !!! LA CULTURE QUE NOUS AVONS CRÉÉE SERA NOTRE PREMIÈRE OCCASION RÉELLE DE GAGNER DE LA RICHESSE ÉCONOMIQUE COMME UN PEUPLE. NOUS DEVONS TRAVAILLER ENSEMBLE PARCE QUE NOUS TOUS NOUS L’AVONS OBTENU !! #BlackExcellence. « 

Le fondateur de Bad Boy Records veut essentiellement que les Noirs prennent le contrôle de leur culture en étant en charge de la musique hip-hop et R & B – musique noire – qui se trouve actuellement au sommet du classement Billboard Hot 100.

« Il y a certainement un défi dans l’industrie de la musique en ce qui concerne le pipeline pour les cadres noirs, ce qui est intéressant quand on pense à l’impact de la musique qui est vendue, parce qu’il s’agit beaucoup de la musique urbaine et la culture noire  » a déclaré l’avocat Julian Petty  à la publication au sujet de l’écart entre les artistes noirs dominant les ondes par rapport au manque de cadres noirs en charge de leurs étiquettes. « Vous ne pouvez pas avoir quelques personnes là-bas. Nous devons comprendre cela. « 

L’article soulignait que des progrès récents avaient été faits pour pousser les gestionnaires noirs vers le sommet, y compris Tunji Balogun étant promu de vice-président senior à VP exécutif A & R chez RCA Records. Il a également un label de joint-venture appelé Keep Cool. L’avocate en musique Nicole Wyskoarko a été nommée vice-présidente des opérations urbaines chez Interscope Geffen A & M, au sein d’un groupe d’autres promotions de cadres noirs réalisées par des grands labels comme Warner Bros. et Columbia Records.

Nicole Wyskoarko


Une responsabilité Communautaire

Et alors que le début des années 2000 a vu le démantèlement des départements de musique noire chez les grands labels – BMG laissant tomber tout son secteur urbain en 2001 et Motown fusionnant avec Universal Music Group en 2005 – les entrepreneurs noirs ont eux aussi tracé leur voie.

Roc Nation de Jay-Z, Kendrick Lamar avec Top Dawg Entertainment, Cash Money de Birdman et son frère Ronald « Slim » Williams tous les labels de hip-hop mettant en vedette des cadres noirs au sommet.

Il semble que Diddy veut en voir plus de la part des Noirs. Et si ses commentaires sont une indication, beaucoup de gens l’ont soutenu à ce sujet.

« Je suis d’accord, nous devons posséder ce que nous sommes responsables de cultiver », a remarqué quelqu’un.

« BIG FACTS! » Un autre a commenté.

« Merci de garder cet élan », commenta quelqu’un. « Cela signifie beaucoup de choses venant de vous @Diddy nous devons garder le message de #blackexcellence toute la journée tous les jours. »

Un effort de responsabilité communautaire, comme de leadership et de clairvoyance économique que nous saluons. Même si d’aucuns diront qu’il a attisé les haines dans le hip-hop auparavant, cela est une autre histoire, il y a prescription. Concentrons-nous sur le positif: il est milliardaire et il veut partager le gateau, que demande le peuple? 

Une traduction OJAL
   

Le principal conseiller de Richard Nixon a admis que « la guerre contre la drogue » était un outil politique pour s’attaquer aux manifestants anti-guerre et aux « noirs »

Nous le savions déjà, car on reconnait un arbre à ses fruits et de nombreuses enquêtes font le point sur cette guerre contre la drogue au USA. La nouveauté c’est d’avoir un accès au témoignage d’un ancien du cabinet de Nixon:  John Ehrlichman; dont les propos ont été publié dans une interview l’anée dernière. Voici l’article en question, proposé pour vous par la team OJAL:

La «guerre contre la drogue» était en fait un outil politique pour écraser les manifestants de gauche et les noirs, un ancien conseiller de la Maison-Blanche Nixon admis dans une interview publiée il y a plusieurs décennies, publiée mardi.John Ehrlichman, qui a servi comme chef de la politique intérieure du président Richard Nixon, a dévoilé l’utilisation sinistre de la politique controversée de son patron dans une interview de 1994 avec le journaliste Dan Baum que l’auteur a revisitée dans un nouvel article.
« Vous voulez savoir de quoi il s’agissait vraiment », a déclaré Ehrlichman, décédé en 1999, après que Baum l’eut interrogé sur les politiques anti-drogues de Nixon.« La campagne de Nixon en 1968, et la Maison Blanche de Nixon par la suite, avaient deux ennemis: la gauche anti-guerre et les Noirs. Vous comprenez ce que je dis, « continua Ehrlichman.«Nous savions que nous ne pouvions pas rendre illégal d’être contre la guerre ou contre les Noirs, mais en faisant en sorte que le public associe les hippies à la marijuana et aux Noirs avec de l’héroïne, nous risquions de perturber ces communautés. Nous pouvions arrêter leurs dirigeants, attaquer leurs maisons, briser leurs réunions et les dénigrer nuit après nuit dans les nouvelles du soir. Savions-nous que nous mentons à propos des drogues? Bien sûr que nous l’avons fait. « 

John D. Ehrlichman (l.), a top adviser to former President Richard Nixon (r.) is seen here in a 1972 photo. Ehrlichman, who died in 1999, admitted that the administration’s "War on Drugs" was actually a ploy to target left-wing protesters and African-Americans.
John D. Ehrlichman (à g.), Un des meilleurs conseillers de l’ancien président Richard Nixon (à droite) est vu ici dans une photo de 1972

Ehrlichman a purgé 18 mois de prison après avoir été reconnu coupable de conspiration et de parjure pour son rôle dans le scandale du Watergate qui a renversé son patron.Le Révérend Al Sharpton a déclaré que les commentaires d’Ehrlichman prouvaient ce que les Noirs avaient cru pendant des décennies.« C’est une confirmation effrayante de ce que beaucoup d’entre nous disent depuis des années. Que c’était une tentative réelle du gouvernement pour diaboliser et criminaliser une race de gens « , a déclaré Sharpton au Daily News. « Et quand nous soulevions les questions sur ce ciblage, nous étions accusés de toutes sortes de choses, d’abriter la criminalité d’être non-américain et d’essayer de politiser une préoccupation légitime. »

En 1971, Nixon a étiqueté l’abus de drogue «Public Enemy No. 1» et a signé la Loi sur la prévention et le contrôle complets de l’abus des drogues, mettant en place plusieurs nouvelles lois réprimant les consommateurs de drogues. Il a également créé la Drug Enforcement Administration.

En 1973, environ 300 000 personnes étaient arrêtées chaque année en vertu de la loi – la majorité d’entre elles étaient afro-américaines.

La guerre contre la drogue a été poursuivie sous diverses formes par tous les présidents depuis, y compris le président Ronald Reagan, dont la femme Nancy a appelé les gens à «dire non».

Les commentaires d’Ehrlichman, âgés de 22 ans, ont refait surface mardi après que Baum ait écrit à leur sujet dans un article de couverture du numéro d’avril de Harper, intitulé «Legalize It All», dans lequel il plaide en faveur de la légalisation des drogues dures.

L’interview originale de 1994 avec Ehrlichman faisait partie des recherches de Baum pour son livre de 1997, «Fumée et miroirs: la guerre contre la drogue et la politique de l’échec», dans lequel Baum a mis au jour des décennies de politique antidrogue infructueuse.

Mais les citations ne sont jamais apparues dans le livre.

NYPD arrests a member of the Black Panthers for refusing to clear a sidewalk during a demonstration.
 

Le NYPD arrête un membre des Black Panthers pour avoir refusé de dégager un trottoir lors d’une manifestation. (Steve Starr / AP)
 
 

   (…) L’interview choquante avec Ehrlichman a plus tard fait surface dans un recueil de 2012 « des histoires sauvages, poignantes, qui changent la vie » de divers auteurs intitulé « The Moment », mais les citations ont reçu peu d’attention des médias.Beaucoup de politiciens ont supposé qu’Ehrlichman, qui allait mourir cinq ans plus tard, a fait les révélations brutales parce qu’il était en colère. Nixon ne lui a jamais pardonné ses offenses liées au Watergate.Sharpton a déclaré que les dommages causés par la guerre contre les politiques cruelles de la drogue ont condamné des générations de Noirs.« Pensez à toutes les vies et à toutes les familles qui ont été ruinées et absolument dévastées uniquement parce qu’elles ont été prises dans un filet racial par les plus hautes sphères du gouvernement. »

Traduit par la Team OJAL

La plus grande page « Black Lives Matter » sur Facebook était une fraude!!

Une nouvelle inquiétante pour les militants de part le monde: une opération sous faux drapeau à eu lieu concernant la page facebook de Black Lives Matters.

 

Le site d’information theroot.com nous rapporte une fraude dénichée par CNN. Avec des levées de fonds de plus de 100 000$!! Cela est très préocuppant car beaucoup de structures dont la notre on recourt à ce genre de levée de fond ponctuellement. Il semblerait que des gens mal intentionnés utilisent les mouvements militants à fort retentissement pour leur propre bénéfice…ce qui peut amener à discrediter les honnêtes militants derrière les vraies structures. Soyons vigilants. A l’OJAL nous prendrons des mesures pour que vous soyiez sûr que c’est bien une page tenue par des militants. En attendant voici la traduction de l’article entier qui rapporte les faits.
 
« Alors que Facebook continue de s’embarrasser de controverses sur la façon dont ses données ont été utilisées par des entreprises extérieures et sur l’infiltration à répétition de sa plateforme par les fermes trolls russes, un nouveau rapport indique que la plus grande page de Black Lives Matter n’est pas affiliée BLM du tout – et était, en fait, un faux. 

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, quitte après avoir rencontré des sénateurs à Capitol Hill le 9 avril 2018, à Washington, D.C.
Photo: Alex Brandon (AP Images)


En faisant sa propre enquête, CNN a trouvé que la page intitulée simplement « Black Lives Matter » était une escroquerie avec des liens avec un homme blanc d’âge moyen en Australie


« La page compte près de 700 000 abonnés sur Facebook, ce qui représente plus de deux fois le nombre d’abonnés indiqué sur la page officielle de Black Lives Matter. En outre, la page était liée à des campagnes de collecte de fonds en ligne prétendues recueillir des fonds pour les causes Black Lives Matter aux États-Unis. Ces collectes de fonds ont rapporté au moins 100 000 $, et CNN rapporte qu’au moins une partie de cet argent a été transférée sur des comptes bancaires australiens.
CNN a passé une semaine à échanger des e-mails et des appels téléphoniques avec Facebook sur la page, mais a déclaré que le géant des médias sociaux a suspendu la page uniquement lorsqu’un compte d’utilisateur qui était administrateur de la page a également été suspendu.
Ce n’était pas la première fois que Facebook était informé que la page pouvait être une arnaque.
Le co-fondateur de BLM, Patrisse Khan-Cullors, a déclaré à CNN que Black Lives Matter avait contacté Facebook pour que la page soit supprimée il y a des mois, mais en vain.
CNN a également constaté que les mêmes personnes derrière la page dirigeaient un groupe Facebook également appelé « Black Lives Matter », qui compte près de 40 000 membres et est le plus grand groupe sur Facebook affirmant soutenir Black Lives Matter. La page est souvent liée à des sites Web liés à Ian MacKay, qui est un représentant du Syndicat national des travailleurs en Australie.
MacKay a déjà enregistré des domaines qui semblent être liés à des problèmes noirs, notamment blackpowerfist.com et blacklivesmatter.media.
Lorsque CNN a cherché à jointe MacKay pour l’interroger sur la page, il a nié avoir lu la page Black Lives Matter et a dit qu’il n’avait acheté le domaine qu’une seule fois et qu’il l’avait vendu.
Mais à quelques heures de la conversation de CNN avec MacKay, la page a été supprimée. »

Traduit par la Team OJAL 
 

Mário Coelho Pinto de Andrade, le poète de la Révolution

Connaissiez-vous Mario Pinto de Andrade et sa femme Sarah Maldoror ?

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mario Coelho Pinto de Andrade est né en 1928 en Angola, il grandit à la capitale et en 1948 il part au Portugal pour étudier la philosophie classique à l’Université de Lisbonne. Là-bas il y côtoie des militants anti-colonialiste tels que Amilcar Cabral qui mena le Cap-Vert et la Guinée-Bissau jusqu’à l’indépendance et  Eduardo Mondlane et Marcelino dos Santos, tous deux étant parmi les leaders de l’indépendance du Mozambique. C’est donc très vite que Mario s’intéresse à la politique et particulièrement aux luttes d’indépendance africaines. Ils crééront ensemble une organisation, le MAC (Mouvement Anti-Colonialiste). Il s’engage activement dans l’opposition contre la colonisation portugaise en Angola notamment à travers ses écrits et poèmes. 
 
Amilcar Cabral et Mario Pinto de Andrade en 1959
En 1954, il s’installe à Paris où il étudie la sociologie à la Sorbonne. Très vite il rentre en contact avec l’intelligensia afro de Paris : Aimé Césaire, Alioune Diop, Senghor, Léon-Gontran Damas …etc et devient le secrétaire général de la fameuse maison Présence Africaine, revue panafricaniste, maison d’édition des auteurs de la négritude et autre auteurs afro
 
 
« Paris était véritablement pour nous une capitale africaine » (dans « Sur la Première Génération du MPLA : 1948-1960 »)
 
 
 
En 1955, il participe à la fondation du Parti Communiste d’Angola et une année plus tard il est l’un des membres fondateurs du MPLA, mouvement qu’il présidera de 1960 à 1962.  Après plusieurs années, il entre en conflit avec son successeur, Agostinho Neto, et il quitte le MPLA en 1974. Il fonde alors un nouveau groupe politique appelé Revolta Activa (révolte active). Puis à l’indépendance du pays, l’année suivante, il s’exile pour la Guinée-Bissau d’abord puis le Cap-Vert puis le Mozambique. 
 
 
 
Alors qu’ils se rencontrent à Paris, Sarah Maldoror devint sa compagne avec laquelle il eut deux enfants. 
 
 
Sarah Maldoror est une cinéaste et réalisatrice guadeloupéenne de génie, puisqu’elle est considérée comme la figure de proue du cinéma africain. Son cinéma est politique et engagé dans les indépendances africaines. Elle a réalisé notamment Sambizanga et Aimé Césaire ou encore Le Masque des Mots. Elle a également participé à la fondation de la première troupe de théâtre noire de Paris,  « Les Griots ». Quelle femme extraordinaire n’est-ce pas? 
 
Ils formaient à eux deux un couple militant emblématique. 
 
Source : – Africultures.com
             – Sur la Première Génération du MPLA : 1948-1960
             – « Mário Pinto de Andrade considerado um pilar da independência »