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L’OJAL devient Elimu!

Pour beaucoup, si vous lisez ces lignes c’est parce que de près ou de loin vous connaissez l’OJAL. Que vous nous ayez connus depuis nos débuts en 2014 ou que vous venez de nous découvrir, que vous nous connaissiez à travers nos événements associatifs à Lyon ou à travers nos activités sur internet, vous êtes témoins d’une mutation : en effet comme la chenille devient papillon, nous tournons une page de vies de militants panafricanistes pour embrasser une nouvelle époque pleine d’aventures, l’Organisation de la Jeunesse de Lyon devient Elimu. Nous revenons dans cet article sur notre historique ainsi que les raisons de notre évolution.

 

Elimu est une plate-forme éducative numérique qui propose un nouveau regard sur l’éducation des personnes afrodescendantes. En effet, « elimu » est un mot swahili qui veut dire « éducation ». Le but est de promouvoir une éducation spécialisée pour personne d’ascendance africaine.

Cette plate-forme lancée en 2019 est le résultat de plusieurs années d’activités militantes et de réflexions personnelles et collectives.

Nous sommes deux frères, d’origine africaine qui depuis l’adolescence se posent des questions quant à leur place dans ce monde dominé par la suprématie blanche et l’hyper-capitalisme mondialisé. Très vite, la question de l’identité s’est fait ressentir car, comme la plupart des jeunes noirs évoluant dans un pays de Blancs, on nous renvoyait continuellement à nos origines et notre apparence. Vous connaissez sûrement tous les questions gênantes que les non-racisés peuvent poser au sujet de nos cheveux, notre peau, notre pays d’origine ou notre culture…

 

Le choix a été rapidement celui d’approfondir nos connaissances sur qui nous sommes en tant que garçons noirs et africains. Cette décision nous a conduites à la création d’une organisation panafricaniste dès 2014 qui se fit connaître dans la sphère afro-francophone sous le nom d’Organisation de la Jeunesse Afrodescendante de Lyon (OJAL).

L’organisation fonctionnait autour de trois pôles : Education, Black Business et Media et avec pour ligne directrice un programme politique que nous avons appelé « Initiative Communautaire » :

 

Les 5 principes fondamentaux :

UNITÉ :

Nous pensons que l’unité des populations afrodescendantes, où qu’elles se trouvent, ainsi que l’émergence d’une conscience communautaire sont des conditions sine qua non à l’élévation politique, économique, sociale et culturelle du continent et de la diaspora.

AUTODÉTERMINATION :

L’OJAL se positionne de manière ferme contre l’impérialisme et le paternalisme de toutes sortes. Nous promouvons de manière inconditionnelle l’indépendance réelle de notre peuple. Nous estimons que notre communauté a assez mendié, et qu’il est grand temps que nous comprenions qu’il est inadmissible que nous attendions que d’autres fassent pour nous ce que nous sommes amplement capable de faire pour nous-même et par nous-même.

SOLIDARITÉ ET RESPONSABILITÉ COMMUNAUTAIRE :

Il est impératif que notre communauté s’organise afin de créer de vrais réseaux de solidarité. Indéniablement les destins des populations afrodescendantes sont liés, il est donc dans notre intérêt de nous entraider et de collectiviser ressources et connaissances.

COOPÉRATION ÉCONOMIQUE :

L’OJAL est consciente que l’amélioration de nos destinés, ne passera que par la maîtrise de notre économie (promotion de l’auto-entrepreneuriat, soutien aux entreprises et institutions afro-descendantes) et la coopération productive. Notre communauté doit comprendre qu’elle s’appauvrit à chaque fois qu’elle dépense chez les autres. 

RAPATRIEMENT:

L’OJAL appel au rapatriement des forces vives de la diaspora vers notre continent (ou des territoires majoritairement noir). L’histoire des Afrodescendants prouve que l’offre d’intégration est hypocrite et mensongère, et affaiblit notre communauté au profit des autres.

 

Le but de l’OJAL était de créer une conscience communautaire dans la ville de Lyon, à travers un certains nombres d’activités de sensibilisation et de conscientisation à l’éducation politique afro diasporique (conférences, projection-débat, promotion du black business, micro-trottoir, programme de soutien scolaire …etc).

La team OJAL lors d’un événement de la promotion du Black Business en 2015

Cette organisation nous a permis de mettre en pratique nos idéaux et de les confronter à la réalité du terrain. Assez rapidement, nous étions connu dans la ville et les acteurs de la communauté (entrepreneurs, élus, présidents d’associations, étudiants …etc) nous sollicitaient régulièrement sur le thème du panafricanisme et de la revalorisation de soi. Nous étions la référence du « radicalisme noir » à Lyon, mais en France plus largement aussi.

L’OJAL faisant la promotion de l’Initative Communautaire à Lyon auprès des étudiants

C’est cependant sur internet que nous avons connu une plus grande exposition grâce à notre page Facebook qui regroupe 30 000 abonnés et notre site internet sur lequel nous publions régulièrement des articles sur l’histoire et l’actualité des Afrodescendants. Nous étions devenu une des organisations panafricanistes les plus influentes en France des 5 dernières années.

Notre réseau de partenaires et notre impact sur les membres actifs dans la communauté afro francophone venait consolider l’idée que nous étions sur la bonne voie.

Les cadres de l’OJAL avec le Dr. Umar Johnson

5 ans plus tard, forts de nos succès (le but de créer un eco-sytème afro communautaire à Lyon ayant été  globalement atteint) mais fatigués de cette vie ingrate de militants (sans salaire, reconnaissance pas à la hauteur des efforts …etc), l’un de nos co-créateur étant partis poursuivre ses activités de journaliste à Paris au sein de la rédaction du média NOFI, ce fût une opportunité pour nous de changer de format.

Nous visons maintenant bien plus large qu’une seule ville, nous visons les communautés afro de toute la planète, et nous nous concentrons sur la base du problème des Afrodescendants: l’éducation. C’est ainsi qu’est né Elimu qui se veut être l’ed-tech afro de référence, l’accélérateur de consciences noires dont le 21ème siècle à tant besoin.

Un an après sa création, Elimu devient internationale puisqu’elle est maintenant présente sur le continent africain, dans la ville de Kigali, au Rwanda précisement. Elle est une Organisation Non-Gouvernementale spécialisée dans l’éducation et la formation des personnes d’ascendance africaine où qu’elles soient. A Kigali par exemple, nous avons ouvert un ciné-club qui propose du contenu audio-visuel sur le thème de l’histoire et la culture des peuples d’Afrique dans un cadre de réflexion et de discussions.

Le logo du ciné club d’Elimu à Kigali

En attendant de nouveaux formats que nous mettrons en place pour diffuser les connaissances présentes dans le monde panafricain (Web TV, radio, maison d’édition …etc), restez connecté sur notre site, et nos réseaux sociaux !!

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Une rencontre panafricaine à Accra pour discuter des stratégies à adopter pour unir les Africains

En septembre 2018, de grands panafricanistes se réuniront à Accra, au Ghana, pour célébrer l’anniversaire du docteur Kwame Nkrumah et discuter des moyens de faire avancer l’agenda « Africa Must Unite ».

Parmi les personnalités marquantes figureront les vétérans panafricanistes Ernest Wamba dia Wamba et Cosmas Musamali du Parti socialiste zambien, le professeur Akilagpa Sawyer, ancien vice-chancelier de l’Université du Ghana, des mouvements de jeunes et d’étudiants, des représentants des syndicalistes tri-continentaux et de premier plan. de toute l’Afrique.

Surnommée la « Troisième conférence panafricaniste aujourd’hui », elle se tiendra à Accra, au Ghana, du 21 au 23 septembre 2018, sous le thème « Unifier les luttes des masses contre le capitalisme et l’impérialisme ». Cette conférence est la troisième d’une série des conférences organisées par « Pan-Africanism Today », une organisation de socialistes panafricains basée en Afrique australe.

Panafricanisme aujourd’hui

Le document d’information pour la conférence a noté que le panafricanisme a toujours été consacré à l’émancipation du continent africain et de tous les Afrodescendants du monde, de l’exploitation et de l’oppression.

Selon les mots de Cosmas Musali, « le panafricanisme concerne encore l’émancipation: cette fois-ci du néocolonialisme et du capitalisme néolibéral qui a perpétué l’exploitation et l’oppression des masses travailleuses ».

Cosmas Musali
 

Le panafricanisme aujourd’hui est donc l’expression d’une lutte de classe au sein de l’ordre capitaliste mondialisé. Toutefois, le panafricanisme d’aujourd’hui doit être compris comme une lutte de classe globale intégrant les dimensions économique, politique, sociale, culturelle, spirituelle, de genre et environnementale. La victoire n’est ni possible ni durable sans une intégration complète de toutes ces dimensions dans la lutte.

En résonance avec la pensée de Kwame Nkrumah, le panafricanisme d’aujourd’hui doit atteindre un caractère socialiste. Le socialisme est le seul cadre de référence qui permettrait au continent africain de:
a) surmonter l’hégémonie de la classe dirigeante néolibérale, 
b) permettre aux masses ouvrières exploitées et opprimées d’assumer le pouvoir de l’État, la vie politique, sociale et culturelle sous un véritable contrôle démocratique à travers un processus révolutionnaire. 

Première conférence panafricaniste – Lusaka

En 2016, le Comité de la liberté de la presse de Post Newspapers Limited, basé en Zambie, a organisé une conférence internationale sur le thème « Panafricanisme aujourd’hui » du 25 au 27 mars à Lusaka, en Zambie. Le but de la conférence était d’examiner de manière critique le contexte contemporain, le consensus sur les points d’action susceptibles de faciliter l’apprentissage collectif et l’implication des mouvements populaires dans la construction du panafricanisme.

La conférence a attiré des participants de 11 pays africains (Burkina Faso, Nigéria, Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo, Kenya, Tanzanie, Mozambique, Zimbabwe, Afrique du Sud, Maurice et Zambie) ainsi que de neuf pays hors du continent africain ( à savoir les États-Unis d’Amérique, Trinité-et-Tobago, le Venezuela, la Bolivie, l’Équateur, l’Argentine, le Brésil, l’Inde et la France).

La conférence de 2016 a également reconnu que le terme socialisme devait, cependant, reconquérir l’espace public qu’il avait perdu au cours des deux dernières décennies. L’effondrement des pays socialistes en Europe de l’Est et l’hégémonie idéologique du capitalisme néolibéral ont exacerbé la situation. Cuba, la Bolivie, le Venezuela et plusieurs autres pays fournissent aux participants à la conférence un point de référence dans ce débat.

Le socialisme est de retour dans le discours public et ses vertus continuent d’offrir de l’espoir à des millions de personnes marginalisées et opprimées dans le monde. La jeune génération africaine est désillusionnée par l’inhumanité, la corruption et l’inégalité inhérentes au capitalisme néolibéral. Par conséquent, comprendre et embrasser le socialisme est le premier pas vers la création d’un avenir meilleur, en particulier pour la jeunesse africaine.

Cependant, un panafricanisme socialiste exige un véhicule robuste composé d’un réseau de partis politiques, de mouvements populaires, de syndicats, d’organisations paysannes, d’organisations féminines, d’organisations de jeunesse et d’autres entités progressistes sur le continent et dans le monde entier. Ce véhicule doit encore être construit.

La conférence de Lusaka a fourni les premières « parties » à l’assemblage de ce véhicule. Des travaux plus systématiques sont nécessaires dans les mois et les années à venir dans ce contexte.

À court et à moyen terme, les principaux domaines d’intervention sont les suivants:
a) constituer une coalition anti-impérialiste panafricaine de travailleurs, de paysans, d’étudiants, d’intellectuels progressistes et d’autres mouvements; et
b) approfondir la compréhension collective des complexités du capitalisme mondialisé et de la réponse panafricaine requise pour la consolidation et le renforcement de la lutte des classes.

Ernest Wamba dia Wamba
 


Deuxième conférence tunisienne

La deuxième conférence « Panafricanisme aujourd’hui », qui s’est tenue à Borj Cédria, en Tunisie, du 30 juin au 2 juillet, a attiré environ 200 participants de 39 pays. Le thème de la conférence était « Construire une plateforme socialiste plus forte pour l’Afrique ».

La deuxième conférence panafricaine a observé que l’impérialisme impulsé par le capital financier et les sociétés multinationales se renforçait par des méthodes plus sophistiquées pour maintenir le statu quo sur le continent.

La conférence s’est conclue par un engagement des participants aux luttes révolutionnaires – celles qui visent à transformer notre continent en une société plus humaine, plus prospère et plus pacifique axée sur les valeurs socialistes.

Cela a permis de mettre l’accent sur l’émancipation de la classe ouvrière contre le néocolonialisme et le capitalisme néolibéral. La conférence a porté sur les questions de genre, d’inégalité, d’économie, de culture et de politique liées aux caractéristiques et aux principes socialistes.

Troisième conférence « Panafricanisme aujourd’hui »

La troisième conférence du Panafricanisme d’aujourd’hui se tiendra sous la bannière « Unifier les luttes des masses contre le capitalisme et l’impérialisme » au Ghana du 21 au 23 septembre 2018.

La troisième conférence est liée aux préparatifs de l’Assemblée internationale des mouvements et organisations populaires qui se tiendra au Venezuela en février 2019. La résolution de la troisième conférence panafricaine constituera donc la contribution panafricaine à l’unité de la classe et de lutte contre le capitalisme et l’impérialisme en Afrique et dans le monde.

La conférence d’Accra réunira des jeunes panafricanistes d’Afrique et de la diaspora, des universitaires tri-continentaux, des jeunes de la Emerging Leaders Foundation basée à Nairobi au Kenya et l’Institut panafricain basé à Accra, au Ghana. Les grandes lumières des figures historiques du mouvement panafricain, y compris le penseur panafricain leader, Cosmas Musamali; Ernest Wamba dia Wamba, historien, philosophe et ancien guérillero en République démocratique du Congo, le professeur Akilagpa Sawyer du Ghana et des membres éminents de l’Union nationale des mineurs en Afrique du Sud.

 

Professor Akilagpa Sawyer

La conférence d’Accra examinera des questions telles que:

la nouvelle ruée vers l’Afrique: manifestations et conséquences; la militarisation du continent africain – objectifs et implications;
– luttes syndicales sur le continent;
– luttes paysannes et souveraineté alimentaire;
– luttes féministes : combattre les structures patriarcales et la conscience de classe au sein de conflits ethniques et régionaux inspirés par le continent;
– mouvements de jeunes et d’étudiants.

La conférence d’Accra sera également l’occasion de permettre aux panafricanistes d’examiner les résultats des conférences Panafricanistes d’aujourd’hui, du 8ème Congrès panafricain d’Accra et de célébrer la vie et l’époque de Kwame Nkrumah dont les Ghanéens célèbrent l’anniversaire en septembre 2018. .

Kwame Nkrumah et Abdel Nasser

Source : www.pambazuka.org
Traduit par la Team OJAL 

 

Le co-fondateur du Black Panther Party, Elbert Big Man, nous quitte

Big Man le 4 avril 1970 (AP Photo/Charles W. Harrity, File)

Elbert « Big Man » Howard, cofondateur du Black Panther Party, qui a servi de rédacteur en chef, de responsable de l’information et de génie logistique aux programmes sociaux populaires du groupe, est décédé à 80 ans le 23 juillet 2018.

Sa femme, Carole Hyams, a déclaré que Howard était mort lundi à Santa Rosa, en Californie, après une longue maladie.

Les amis et la famille ont décrit Howard comme un «gentil géant» capable de peindre avec des mots ce que disait une chanson de jazz. Howard était un auteur, un disc-jockey de jazz volontaire, un conférencier et un activiste dans le comté de Sonoma, où il s’est ensuite établi.

Howard était l’une des six personnes qui ont fondé le Parti des panthères noires pour l’autodéfense à Oakland en octobre 1966, avec Bobby Seale et Huey Newton. L’organisation politique a commencé à patrouiller en prevention des bavures policières.


Les principaux membres ont démissionné en 1974 après des années de combats fatals avec la police et entre eux. Plus tard, il est devenu clair que le FBI s’était engagé dans la surveillance et le harcèlement pour saper le parti et incriminer ses dirigeants.

Howard a quitté le parti en 1974, mais au cours de ses années d’activité, il a été rédacteur en chef de son journal et sous-ministre de l’Information. Il a voyagé en Europe et en Asie pour créer des sections et était responsable des programmes sociaux qui ont rendu du parti célèbre.

Billy X. Jennings, un ami de longue date et archiviste du parti, a déclaré que Howard était la personne qui avait négocié des prix plus bas et organisé des camions frigorifiques pour des dons alimentaires. Plus tard, en tant qu’administrateur dans un collège local, il organisa un programme pour que les détenus puissent suivre des cours.

« Il était un membre bien-aimé », a déclaré Jennings. « Les gens ont peut-être eu des rancunes contre Bobby ou Eldridge (Cleaver), mais personne n’a de rancune contre Big Man. »

 

Le 27 novembre 1970 lors d’une conférence de presse à Washington (AP Photo/Charles W. Harrity, File)

 

Howard est né le 5 janvier 1938 à Chattanooga, dans le Tennessee, en tant qu’enfant unique d’Emma et d’Anderson Howard. Il a rejoint l’armée de l’air et a été affecté à la base aérienne de Travis à Fairfield, en Californie.Jennings a déclaré qu’après sa sortie, Howard s’est inscrit au collège Merritt, où il a rencontré Seale et Newton. Seale reste actif en politique. Newton a été tué en 1989.Hyams était infirmière quand elle a rencontré Howard en 1969; ils ont rompu quand il a commencé à voyager pour le parti.« Il était énorme, il était impressionnant, il était silencieux », a-t-elle déclaré. « Il semblait presque timide, mais se portait avec une grande distinction. »Après que Howard ait quitté le parti, il est retourné au Tennessee et a travaillé comme directeur des ventes, a déclaré Jennings. Les amis ont repris contact dans les années 90, et Howard est devenu actif dans les réunions et les événements du parti.En 2005, Hyams a contacté Howard par téléphone après que le fils d’un ami eut trouvé ses informations en ligne. Ils se sont réunis et se sont mariés dans sa maison du comté de Sonoma en 2008.Parmi ses survivants figurent sa fille Tynisa Howard Wilson de Landover, dans le Maryland, et ses petits-fils, Jaylen et Amin; le beau-fils Robert Grimes de San Pablo en Californie et trois beaux-petits-enfants.

Traduit par la Team OJAL 

Je suis de Philly. 30 ans plus tard, j’essaie toujours de comprendre le bombardement MOVE

Un article de Gene Demby pour  npr.org

Parlez à certains des gens qui ont vécu l’attentat à la bombe du 62 e et de l’avenue Osage, dans l’ouest de Philadelphie, il y a 30 ans, et vous remarquerez qu’ils se réfèrent à l’événement par sa date complète. 13 mai 1985.

Quartier résidentiel sur l’avenue Osage à Philadelphie. Il y a trente ans, cette rue a été bombardée dans une impasse entre MOVE et la police de Philadelphie.

 

C’est ainsi que Gerald Renfrow s’y réfère quand on parle de l’enfer. Sa maison est à environ 30 mètres de l’enceinte sur laquelle la bombe a été larguée – ground zéro. Il vivait là depuis longtemps avant l’attentat, et maintenant il est le capitaine de bloc, essayant de garder la maison où il a grandi et a élevé sa propre famille.

C’est ainsi que Perry Moody s’y réfère aussi. Sa maison se trouve du côté nord de Pine Street. Ce jour-là, il y a trois décennies, il avait été évacué du bloc, mais les maisons de l’autre côté de la rue avaient été englouties par les flammes.

Perry Moody devant sa maison au 6225 Pine St. à Philadelphie.

Tout comme Ramona Africa. Elle était en fait à l’intérieur de la maison ciblée au 6221 Osage alors qu’elle était la cible des balles de police et d’un déluge de canons et, finalement, abattue par une bombe artisanale larguée d’un hélicoptère de la police. Elle a réussi à échapper au bâtiment en feu. Ses collègues membres de MOVE, l’organisation radicale à laquelle elle appartenait et qui se tenait à l’écart de la ville de Philadelphie, n’étaient pas aussi chanceux.

Le bombardement MOVE était un cataclysme pour ma ville natale, une partie de la mémoire collective des Philadelphiens d’un certain âge. J’ai grandi à South Philly, à environ 20 minutes de route de Ground Zero, mais j’avais 4 ans quand c’est arrivé, trop jeune pour se souvenir de la journée. Mais en vieillissant, j’apprendrais en morceaux et sur le rôle central qu’il a joué dans l’histoire de la police dans ma ville natale.

J’ai recommencé à revoir l’histoire de MOVE l’automne dernier, alors que la question de la race et de la police commençait à faire partie des nouvelles. Presque tous les aspects de cette grande métastorie – la méfiance mutuelle entre la police et les communautés noires, la militarisation des forces de l’ordre locales, les incidents de brutalité policière – semblaient résonner dans l’histoire particulière de l’attentat à la bombe. Mais dans le cas de MOVE, le volume a été augmenté. La police de la ville a tué près d’une douzaine de personnes et, dans le processus, a rasé tout un quartier, un quartier rempli de propriétaires noirs de la classe moyenne. Ni le maire qui a approuvé l’attentat, ni les officiers qui l’ont exécuté n’ont subi de répercussions officielles.

Map of Philadelphia
Source: Open Street Map

Aujourd’hui, le bloc étroit se trouve étrangement calme; La plupart des maisons qui ont été construites pour remplacer celles détruites par l’incendie sont maintenant vacantes, scellées et cadenassées. Les résidents restants, comme Renfrow, sont dans les limbes. Peut-être que la ville va réhabiliter ces bâtiments. Peut-être aussi les raser. Mais comme la plupart des personnes responsables de la tragédie et de la ville sont passées aux prises avec de nouveaux dilemmes, il est assez facile d’oublier complètement la 62e et Osage.

Mais quelques résidents n’ont jamais quitté le pâté de maisons 6200 de l’avenue Osage, et ils se souviennent rapidement de leur quartier avant le printemps 1985: un beau pâté de maisons tout près du parc Cobbs Creek, qui fait partie d’une collectivité sécuritaire et unie où les gens faisaient des barbecues ensemble pendant que leurs enfants jouaient dans la rue. Je voulais leur parler, ainsi qu’à d’autres qui ont vécu ce jour à Philadelphie, de ce dont ils se souvenaient.

13 mai 1985: L’attentat à la bombe

Voici ce que ma mère se souvient de l’attentat à la bombe. C’était le lundi après la fête des mères et trois jours après son anniversaire. Elle a emmené ma soeur jumelle et moi à l’école avant de retourner à notre appartement de South Philly. Elle prenait une journée personnelle de travail – une journée de paix et de tranquillité qui devait être un cadeau d’anniversaire tardif pour elle-même. Mais quand elle est rentrée et a allumé la télé, elle a vu que Philly n’allait pas l’obliger.

Toutes les stations locales faisaient état d’une confrontation à West Philly entre la police et MOVE, un groupe radical qui avait transformé une maison en rangée au 6221 Osage Ave. dans un composé fortifié. Elle n’a pas été exactement surprise par ce qu’elle a vu sur le live; tout le monde savait que ce jour-là arriverait un moment, car les tensions entre MOVE et la police – et entre MOVE et leurs voisins sur ce bloc – avaient augmenté depuis des années.

Le quartier où le groupe radical MOVE était localisé

Comme les résidents ont été évacués de leurs maisons avant l’épreuve de force, la police leur a dit de prendre des vêtements et des brosses à dents. Ils devraient être de retour chez eux le jour suivant, a indiqué la police.Il y avait près de 500 policiers rassemblés sur les lieux, ridiculement, férocement bien armés – gilets pare-balles, gaz lacrymogène, équipement SWAT, mitrailleuses de calibre .60 et .60, et une mitrailleuse antichar pour faire bonne mesure. Des fusils de déluge ont été pointés des firetrucks. La police d’état avait envoyé un hélicoptère. La ville avait coupé l’eau et l’électricité pour l’ensemble du bloc. Et, nous venions d’apprendre, il y avait des explosifs à portée de main.La police était venue avec des mandats pour plusieurs personnes qu’ils croyaient être dans l’enceinte à 6221. Personne ne savait combien d’armes les gens de MOVE avaient, ou même combien de personnes étaient dans l’enceinte – la police a deviné qu’il y avait six adultes et peut-être jusqu’à 12 enfants à l’intérieur. Les membres de MOVE avaient construit un bunker sur le toit de la maison, leur donnant une vision claire des positions de police ci-dessous.Les derniers avertissements de la police ont commencé ce matin là, un peu après 5h30. « Attention, MOVE … C’est l’Amérique », Gregore Sambor, le commissaire de police, a crié dans son mégaphone aux gens dans l’enceinte. « Vous devez respecter les lois des États-Unis. »

Vers 6 heures du matin, on a dit aux membres qu’ils avaient 15 minutes pour sortir. Au lieu de cela, quelqu’un de la maison MOVE a commencé à tirer sur la police. La police a renvoyé le feu naturellement – encore et encore et encore. Selon le rapport officiel sur l’événement, la police a tiré 10 000 cartouches au complexe MOVE au cours des 90 minutes suivantes; ils ont finalement dû demander à l’académie de police d’envoyer plus de balles.Pendant ce temps, les équipes SWAT ont tenté de faire des trous dans le côté de l’enceinte via les maisons mitoyennes adjacentes. Ça n’a pas marché. À la télévision, les journalistes présents sur les lieux se sont cachés pour se protéger en déposant leurs dépêches. Les spectateurs et les résidents se sont rassemblés sur les barricades à proximité pour regarder. Au cours des prochaines heures, la police a déclenché plus d’explosions pour tenter d’accéder au bâtiment. Les flics ne pouvaient pas entrer et les gens de MOVE ne sortaient pas.C’était le chaos, et ça a continué comme ça toute la journée – des coups de feu et des explosions et des maisons bien entretenues à proximité ont été éventrées et détruites. Dans l’après-midi, le maire Wilson Goode a tenu une conférence de presse et a déclaré aux journalistes qu’il voulait «prendre le contrôle de la maison … par tous les moyens possibles».

Dans l’après-midi, Goode a pris sa décision fatidique: la police a obtenu le feu vert pour déposer une bombe de fortune sur le complexe MOVE dans une tentative de détruire le bunker sur son toit.

Voici comment Linn Washington, professeur de journalisme à l’Université Temple qui couvrait le siège ce jour-là en tant que journaliste pour le Philadelphia Daily News, se souvient de ce qui s’est passé ensuite. Il se tenait à proximité d’un poste de commandement de la police, feuilletant ses notes. Il y avait un hélicoptère dans le parking, at-il dit. « Je vois ces trois types sortir du bâtiment – tous avec des pistolets de 9 millimètres, l’un d’entre eux avait une mitraillette et l’un d’entre eux avait une sacoche », at-il dit. « Et ils ont dit, ‘Hey, tu dois sortir d’ici!’  »

« Alors l’hélicoptère a décollé, fait un cercle, est revenu et tout le quartier a tremblé », m’a dit Washington. « On aurait dit qu’une canalisation principale avait explosé – mais certains membres des médias savaient que c’était une bombe et les choses ont simplement commencé à partir de là. »

Les flammes tournent vers le ciel au complexe MOVE dans l’ouest de Philadelphie le 13 mai 1985.

Tout le monde sur la scène a entendu l’explosion. Les téléspectateurs à la maison ont vu le moment de l’impact à la télévision, et ils ont également vu que le bunker sur le toit – la cible que la bombe était censée neutraliser – était toujours debout.Mais le toit avait pris feu, et de la fumée commençait à flotter sur les toits des maisons en rangée. Le feu semblait prendre de l’ampleur, mais Sambor, le commissaire de police, a ordonné aux pompiers de se retirer. (« J’ai communiqué … que je voudrais laisser le feu brûler », at-il déclaré plus tard à la commission de la ville.)Dans les 45 minutes, trois autres maisons sur le bloc étaient également en feu. Puis le toit de la maison MOVE s’est plié sous les flammes et s’est effondré. Au moment où les pompiers ont finalement commencé à combattre le feu sérieusement, il était trop tard. En 90 minutes, tout le côté nord de l’avenue Osage était en feu.Les rues de Philadelphie sont réputées étroites, ce qui permet au feu de sauter des arbres brûlants du côté nord vers d’autres maisons du côté sud. Puis les flammes ont débordé sur les maisons derrière le 6221 Osage, à Pine Street. Le soir, trois rangées de maisons étaient complètement en feu, une conflagration si grande que les flammes pouvaient être vues des avions atterrissant à l’aéroport international de Philadelphie, à plus de 6 miles. La fumée pouvait être vue de l’autre côté de la ville.« Déposez une bombe dans un quartier résidentiel, je n’ai jamais entendu parler de ça », a déclaré un habitant du quartier ce soir-là. « C’est comme le Vietnam. »Au moment où le feu était enfin sous contrôle, un peu avant minuit, 61 maisons de ce bloc bien rangé avaient été complètement détruites. Deux cent cinquante personnes étaient soudainement, scandaleusement, sans maisons. C’était le pire incendie résidentiel de l’histoire de la ville.En fin de compte, 11 personnes sont mortes dans l’incendie. Cinq d’entre eux étaient des enfants. Il a fallu des semaines avant que la police puisse identifier leurs restes.

Ramona Africa, membre de MOVE, est conduite à l’Hôtel de Ville de Philadelphie le 9 février 1986 après qu’un jury l’a reconnue coupable de deux accusations et l’a acquittée de 10 autres dans une affaire issue de la confrontation meurtrière entre la police et le groupe radical. . Le jury a reconnu Africa coupable d’émeute et de conspiration.

Comment MOVE a atterri sur l’avenue Osage

Seulement deux personnes ont réussi à sortir du complexe MOVE: une femme nommée Ramona Africa et un jeune garçon nommé Birdie Africa. En grandissant, j’avais vu Ramona Africa à plusieurs reprises à la télévision interviewée par des journalistes lors de son procès civil contre la ville. Je me suis souvenu d’elle comme une femme aux yeux endormis avec des dreadlocks. En 1996, un jury a ordonné à la ville de lui verser 500 000 $, jugeant que le siège du complexe MOVE violait ses droits constitutionnels. J’ai rencontré Ramona Africa la semaine dernière, dans un parc de Philly près d’où elle vivait depuis sa sortie de prison en 1992. (Elle était la seule personne impliquée dans l’attentat MOVE à servir n’importe quand.) Elle portait une chemise peau de pêche, un short et des sandales. Ses dreadlocks de signature étaient maintenant mouchetés de gris. Ses bras et ses jambes étaient couverts de brûlures. Elle est proche de 60 maintenant, mais elle était toujours sur le message. « Qu’est-ce qui fait de Nathan Hale un combattant de la liberté et de Delbert Africa un terroriste urbain? » elle m’a demandé, rhétoriquement. « Réussir à résister à l’oppression et à l’injustice malgré la légalité doit être félicité et célébré, ou être pénalisé et jamais accepté. »

Pour une raison quelconque, je me souvenais toujours d’elle de ses interviews télévisées comme erratique et délirant. Mais pendant que nous parlions dans le parc, je ne pouvais pas comprendre où et comment j’avais formé cette impression. À part les détails de ce qu’elle disait, elle semblait être le genre de personne qui pourrait aller à l’église avec ma mère et ma tante – pleines de conviction, certes, mais aimables et bavardes. Alors que nous étions assis dans le parc, elle a retracé sa propre histoire et m’a raconté comment elle s’est associée à MOVE. Ramona a grandi à West Philly dans une famille de classe moyenne, est allé à West Catholic High School, plus tard à Temple University. Elle voulait être avocate, a-t-elle dit, jusqu’à ce qu’elle commence à travailler sur les problèmes de logement communautaire. « Vous ne pouvez pas être un travailleur du logement et ne pas devenir un activiste », a-t-elle dit. C’est vers cette époque, au milieu des années 1970, qu’elle a commencé à rencontrer des membres de MOVE, qu’elle verrait au tribunal. Ils étaient justes, pensa-t-elle. J’ai appris par d’autres personnes, cependant, que dans ces années, l’organisation MOVE jouissait d’une réputation étrange dans la ville, en partie parce que personne ne pouvait vraiment le comprendre. Le groupe a été formé par un homme qui s’appelait John Africa; tous ses disciples ont laissé tomber leurs noms et ont adopté « l’Afrique » à la place. Les membres de MOVE protesteraient devant le zoo de la ville pour les droits des animaux. Ils ont mangé de la nourriture crue. Ils étaient contre la technologie.

Les membres de MOVE tiennent des fusils à canon scié et des armes automatiques devant leur poste de commandement barricadé le 21 mai 1977.

          

« Vous avez eu le végétarisme et certains aspects du rastafarianisme », m’a dit Robin Wagner-Pacifici, un auteur qui a écrit sur MOVE. « Je pense qu’ils avaient leur propre désir conscient d’être non catégorisable. »Dans les reportages, ils étaient souvent décrits comme des proches idéologiques d’autres groupes radicaux noirs de l’époque, mais Ramona m’a dit que MOVE n’était pas un groupe nationaliste noir et qu’il se vantait toujours de membres non-noirs. En effet, leurs côté grandiloquant  et leur franc-parler les mettent souvent du mauvais côté de nombreux groupes locaux et communautaires avec lesquels ils étaient associés. Washington, l’ancien collaborateur de Philadelphia Daily News, m’a dit que les membres de MOVE avaient une fois interrompu vocalement et avaient fait dérailler une réunion organisée par des leaders communautaires entre deux gangs locaux qui étaient prêts à accepter une trêve. « Les libéraux et les progressistes et les nationalistes dans la ville étaient comme, ‘Uhhh, qu’est-ce qui se passe avec cet équipage?’  » a-t-il dit. Mais Washington a déclaré qu’ils n’étaient pas exactement des exclus. « Il y avait cette déférence en termes de respect des droits », a-t-il déclaré. « Et [d’autres groupes] disaient que nous ne les aimions peut-être pas, mais que si c’est MOVE aujourd’hui, c’est nous demain, alors nous devons nous lever … et déballer les choses dans lesquelles ils se sont embarqués. »

Au fil du temps, cependant, la réputation du groupe est devenue plus menaçante. Les membres de MOVE ont commencé à squatter dans une maison à Powelton Village, un quartier de l’ouest de Philadelphie, non loin de l’université de Pennsylvanie. C’était une zone dont les habitants étaient connus pour être disposés à des arrangements familiaux contre-culturels et non traditionnels. Mais même là, MOVE n’a pas tardé à épuiser la patience de ses voisins. Les membres de MOVE arpentaient le toit de la maison qu’ils occupaient, vêtus de treillis et brandissant des armes. Dans les harangues au mégaphones, souvent émises par un membre nommé Delbert Africa, ils appellent à la libération des membres du MOVE emprisonnés et menacent les fonctionnaires de la ville. Les agents fédéraux ont saisi une cache d’armes de MOVE qui comprenait des douzaines de bombes artisanales. À un moment donné, la ville a barricadé plusieurs blocs entourant le complexe MOVE pendant 56 jours consécutifs. À l’été 1978, les membres de MOVE concluent un accord avec la ville: ils remettent leurs armes et quittent leur bâtiment si la ville libère plusieurs membres de MOVE des prisons de la ville. La ville a honoré l’accord, mais MOVE n’est pas parti. Le 8 août 1978, la tension atteint ce qui semblait être son apogée. La police a tenté de retirer MOVE du bâtiment avec des canons à eau et des béliers et a été touchée par des tirs provenant du sous-sol du bâtiment. Un officier nommé James Ramp est tombé à terre et est mort. Seize autres policiers et pompiers ont été blessés.

Après plusieurs heures d’attente, les gens de MOVE se sont finalement rendus et ont commencé à sortir du sous-sol un à la fois. Mais les flics étaient livides sur le meurtre de Ramp. Ils sont allés après Delbert Africa – le membre de MOVE qui les avait nargués du bâtiment – l’ont attrapé par ses dreadlocks et l’ont jeté au sol. Plusieurs officiers se sont joints à lui, le frappant et le piétinant. Ce moment a été capturé sur un film par un photographe du Philadelphia Daily News, et pour beaucoup de gens, la police qui a battu un homme non armé et à moitié nu était l’image durable de l’épreuve de force. Deux ans plus tard, neuf membres de MOVE ont été reconnus coupables de meurtre au troisième degré dans la mort de Ramp et condamnés à 30 à 100 ans de prison – le MOVE 9, ont ils été appelés. Après avoir quitté le village de Powelton, MOVE a établi une nouvelle base au 6221, avenue Osage, où vivait la sœur d’un membre, dans un quartier calme et bourgeois parmi les quartiers noirs. C’est à cette époque que Ramona devint le «ministre de l’Information» de MOVE, traitant la plupart de ses interviews avec la presse, et changea son nom de famille en Afrique. Mais sur l’avenue Osage, les tensions s’intensifièrent: MOVE commença à arpenter les fenêtres et les portes de la maison avec des traverses de bois et de chemin de fer, transformant la maison en rangée de la ruelle en bunker fortifié. Les résidents ont continué leurs diatribes sur le haut-parleur.

Leurs nouveaux voisins ont plaidé avec eux. Ensuite, les voisins ont contacté la ville. La police avait un de l’information sur MOVE et la formation du nouveau collectif. Il y avait des avertissements de la police, et des contre-attaques de MOVE. MOVE a répondu avec plus de belligérance du haut-parleur. Et ainsi de suite, c’est comme ça, jusqu’en mai 1985, quand la police de la ville et MOVE se sont accroupis pour leur impétuosité.

 Votez pour Rizzo

Je me souviens encore très bien de la première fois que j’ai entendu parler de MOVE et de l’attentat à la bombe. C’était en 1987, deux ans après, et ma mère préparait ma sœur et moi à l’école le matin. Les nouvelles du matin étaient à la télévision, et une publicité politique est apparue pendant une pause publicitaire. Dans l’annonce, une caricature du maire Wilson Goode portait des lunettes de sport et un de ces casques de pilote de bombardier en cuir de la Seconde Guerre mondiale. Une voix sinistre, celle que vous entendez seulement dans les publicités politiques, entonna: Wilson Goode lâcha une bombe dans un quartier de Philadelphie. Voulez-vous qu’il dirige votre ville?     

Le maire de Philadelphie Wilson Goode se tient sur le toit d’une maison nouvellement construite, le 17 septembre 1985, sur le site de la bataille meurtrière avec le groupe MOVE. Les propriétaires de maisons incendiées à la suite du siège de la police du siège de MOVE ont regardé le processus de reconstruction avec scepticisme.

Ensuite, l’annonce a exhorté les téléspectateurs à voter pour le challenger de Goode dans la course, Frank Rizzo. J’avais seulement 6 ans, mais j’avais entendu parler de Wilson Goode – il était le premier maire noir de la ville, et il était tout le temps à la télé, d’ailleurs. Je n’avais jamais entendu parler de Frank Rizzo, mais je savais qu’il n’était pas un bombardier.

« Maman, tu devrais voter pour Frank Rizzo parce que la chose à la télé disait qu’il a tiré des bombes sur les maisons de certaines personnes », je me souviens d’avoir dit à ma mère.

Maman n’était pas d’accord. « Je vote pour Wilson Goode. » Son ton indiquait qu’elle n’allait pas avoir d’autres questions. J’ai eu le message.

Ma mère ne m’a jamais beaucoup parlé de la politique désordonnée de l’attentat de MOVE. Je ne me souviens pas d’avoir entendu parler d’autres adultes ou d’enseignants que j’avais. En effet, jusqu’au collège, j’avais seulement entendu des références passagères au groupe. Mais lorsque les gens l’évoquaient, je me souvenais toujours d’eux exprimant une ambivalence bizarre – une vague sympathie envers MOVE et un vague dédain.

Et de temps en temps, alors que je grandissais, un membre de MOVE, Ramona Africa, apparaissait dans les journaux télévisés locaux, généralement à cause d’une dispute juridique avec la ville liée à l’attentat. Parfois, il y avait un B-roll de ce qui semblait être une rangée interminable de maisons en rangée qui ressemblaient aux nôtres, s’élevant dans les flammes.

Le commissaire de police de Philadelphie Frank Rizzo en conférence de presse le 7 septembre 1970

Warren M. Winterbottom/AP

   
 La première fois que ma mère et moi avons vraiment parlé de l’attentat à la bombe MOVE, ce dont elle se souvenait était ce printemps. Elle ne se souvenait pas que je l’interrogeais à propos de Goode ou de Rizzo il y a toutes ces années, mais elle pouvait imaginer rouler des yeux à l’idée de voter pour Rizzo, même si cela ne venait pas d’un garçon bavard de six ans. En 1986, Rizzo s’était de nouveau présenté à la mairie; il avait déjà servi deux mandats dans les années 1970 avant de se heurter à des limites de mandat. Il a tenté de faire annuler ces limites de mandat, en appelant ouvertement les électeurs blancs de la ville à voter «blanc» en ce qui concerne la mesure de vote. Pour beaucoup de Philadelphiens noirs d’un certain millésime, comme ma mère, Rizzo, l’ancien commissaire de police de la ville, était le visage et le cerveau de la police brutale et agressive de Philadelphie. Ma mère m’a raconté le moment où il a arrêté un groupe de Black Panthers, les a fouillés en public et a invité la presse à couvrir toute l’épreuve; Des photos d’hommes nus et humiliés ont été éclaboussées à travers les pages des journaux locaux le jour suivant. Et elle m’a parlé du moment où la police a tiré et tué son ami Ricky, qui était un spectateur lors d’une fusillade et s’était caché sous une voiture à proximité pour la couverture. Il y avait des choses dont elle n’avait pas été témoin: la mêlée qui s’en suivit après que Rizzo eut envoyé des centaines de policiers brandissant une mitraille pour disperser une manifestation pacifique de lycéens noirs et de lycéens qui protestaient contre le bâtiment du Board of Education. (« Obtiens leurs culs noirs! » a été largement cité comme étant ses paroles pendant les fracas.) Ou le fait que les flics de Philly étaient tristement célèbres pour les « chutes de gazon » – au lieu de prendre les gens noirs qu’ils avaient arrêtés en prison, ils les laissaient dans les quartiers ethniques blancs hostiles à travers la ville.

L’hostilité que les gens noirs de Philly avaient pour le service de police était profondément enracinée, et Rizzo avait aidé à semer les graines. Et pendant sa mairie, il est devenu encore plus enhardi. (« Je vais être si dur en tant que maire, je vais faire ressembler Attila le Hun à un pédé », a déclaré Rizzo.) Il a été le maire de la ville lors du premier siège MOVE en 1978; Pendant son mandat, le ministère de la Justice déposerait une plainte contre le département de police de la ville pour brutalité. Ma mère avait grandi dans le Philadelphie de Rizzo, et quand nous avons parlé ce printemps, elle m’a dit qu’il était essentiellement la raison pour laquelle j’avais The Talk (« tradition » afroaméricaine qui veut que les parents parlent de la brutalité policière à leurs enfants lorqu’ils ont l’âge de sortir dehors ndlr) quand je grandissais, pourquoi elle flippait toujours pendant mon adolescence si j’étais dehors tard le soir et n’avait pas appelé pour le signaler. C’est pourquoi elle n’aurait jamais pu envisager de voter pour Rizzo, même si cela signifiait soutenir le maire sortant qui avait allumé un quartier noir.nGoode a gagné en 1986, mais par la marge la plus mince: 51 pour cent pour lui, et 49 pour cent pour Rizzo. Clairement, ma mère n’était pas la seule Philadelphienne noire avec une ambivalence bizarre envers MOVE. Je me souviens d’avoir ressenti ce sentiment chez d’autres adultes quand j’étais gamin: D’un côté, il y avait les gens plus âgés qui ont carrément qualifié le groupe de sale et bizarre. Mais alors vous verrez aussi des pancartes qui lisent « Free The MOVE 9 » à n’importe quel festival culturel noir de la ville.

Une partie de cette ambivalence était certainement due à la lente réorganisation de MOVE dans les années qui ont suivi l’attentat à la bombe, une tentative pour rendre l’organisation moins hostile. Mais je soupçonne que cela vient aussi d’un sentiment de beaucoup de Noirs à Philly, donc maintenant: alors que les gens de MOVE étaient des fauteurs de troubles fous qu’ils ne voudraient pas comme voisins, la police pourrait être bien pire.

Dans le Clark Park de Philadelphie, les membres de MOVE, Pam Africa (à gauche) et Ramona Africa.

  Pourquoi voudrais-je y retourner? Voici comment Ramona Africa, le seul survivant adulte de l’attentat à la bombe, se souvient de ce jour-là depuis l’intérieur de la maison MOVE. Elle et les autres membres de MOVE à l’intérieur de la maison écoutaient les événements pendant qu’ils se déroulaient à la radio – des événements qu’ils, bien sûr, auquels ils étaient au centre. «Nous avons finalement eu l’impression qu’ils avaient tous leurs plans et qu’ils étaient prêts à nous attaquer – et à nous tuer», a-t-elle dit. Ils ont décidé de se réfugier dans le sous-sol, qu’ils pensaient être la partie la plus sûre de la maison. Il y avait des coups de feu pendant la journée et de la fumée de gaz lacrymogène. Puis, dans l’après-midi, la maison a basculé. « Au départ, nous ne savions pas qu’ils avaient largué une bombe », a-t-elle dit. « Je veux dire, pourquoi est-ce que ça nous aurait même fait penser qu’ils avaient largué une bombe sur notre maison? »Au fil des années, l’Afrique a soutenu que lorsque les membres de MOVE ont tenté de s’échapper du bâtiment en feu pour se rendre, la police a ouvert le feu sur eux et ils ont été refoulés à l’intérieur. La police a fermement nié cela. Après l’attentat à la bombe, Birdie Africa, le garçon de 13 ans qui s’est enfui avec elle, a été placé sous la garde de son père. Il a plus tard changé son nom en Michael Moses Ward. La nuit de l’attentat serait la dernière fois que lui ou Ramona se verraient ou se parleraient. (Ward est décédé subitement à l’âge de 41 ans en 2013). J’ai dit à Ramona que j’allais parler aux gens de 62 et Osage et lui ai demandé la dernière fois qu’elle était allée là-bas. Elle m’a dit qu’elle n’était jamais revenue, pas depuis ce jour.« Pourquoi voudrais-je y retourner? » elle a demandé. « Je n’ai pas besoin d’aller là-bas pour me souvenir et je ne veux pas retourner là-bas. J’ai des sentiments. Ce que John Africa a enseigné MOVE, c’est que nous sommes des êtres vivants. Nous sommes vivants. Nous avons des sentiments. Je ne vois aucune raison de me mettre en position d’être blessé. « 

Elle a dit que MOVE est encore là aujourd’hui, bien qu’elle ait refusé de dire combien de membres elle avait. Comme nous lui avons dit au revoir, Ramona a fait signe à une jeune femme qui avait l’air d’être dans sa vingtaine qui venait à sa rencontre. Ramona a dit que la femme, qui était avec plusieurs petits enfants, était un membre de MOVE. Pendant qu’ils discutaient, un grand jeune homme a couru vers où nous étions, avec des enfants plus jeunes qui le suivaient. « On the move! » (en mouvement ndlr) dit l’homme en levant le poing en l’air vers Ramona alors qu’il courait. Les petits garçons ont fait la même chose.

Ramona et la jeune femme ont conclu leur conversation et ont dit au revoir. « On the move », dit-elle à Ramona en se détournant.

« On the move », a répondu Ramona.

Avec des rapports supplémentaires de Walter Ray Watson et Jeff Brady

Traduit par la Team OJAL 
 

Responsabilite Communautaire: Diddy appelle les Noirs à s’approprier la culture hip-hop

Sean « Diddy » « Brother Love » Combs repond présent pour les questions entourant la capacité des Noirs à s’approprier leur culture. Le rappeur / mogul l’a dit clairement lorsqu’il a répondu à un article du Billboard qui se demandait pourquoi le hip hop n’avait pas produit plus de cadres noirs de haut rang.




« CONNAIS TA VALEUR!!! SI CHACUN D’ENTRE VOUS, ROIS ET REINE VOULEZ VOUS REUNIR ET AGIR laissez-moi savoir !!! « Diddy a posté le lundi 16 avril. » SI NOUS NE POSSEDONS  PAS NOTRE CULTURE ALORS NOUS N’AVONS RIEN !!! Vous pensez que nous n’avons rien maintenant. Nous devons posséder notre culture! Ce n’est pas négociable !!! LA CULTURE QUE NOUS AVONS CRÉÉE SERA NOTRE PREMIÈRE OCCASION RÉELLE DE GAGNER DE LA RICHESSE ÉCONOMIQUE COMME UN PEUPLE. NOUS DEVONS TRAVAILLER ENSEMBLE PARCE QUE NOUS TOUS NOUS L’AVONS OBTENU !! #BlackExcellence. « 

Le fondateur de Bad Boy Records veut essentiellement que les Noirs prennent le contrôle de leur culture en étant en charge de la musique hip-hop et R & B – musique noire – qui se trouve actuellement au sommet du classement Billboard Hot 100.

« Il y a certainement un défi dans l’industrie de la musique en ce qui concerne le pipeline pour les cadres noirs, ce qui est intéressant quand on pense à l’impact de la musique qui est vendue, parce qu’il s’agit beaucoup de la musique urbaine et la culture noire  » a déclaré l’avocat Julian Petty  à la publication au sujet de l’écart entre les artistes noirs dominant les ondes par rapport au manque de cadres noirs en charge de leurs étiquettes. « Vous ne pouvez pas avoir quelques personnes là-bas. Nous devons comprendre cela. « 

L’article soulignait que des progrès récents avaient été faits pour pousser les gestionnaires noirs vers le sommet, y compris Tunji Balogun étant promu de vice-président senior à VP exécutif A & R chez RCA Records. Il a également un label de joint-venture appelé Keep Cool. L’avocate en musique Nicole Wyskoarko a été nommée vice-présidente des opérations urbaines chez Interscope Geffen A & M, au sein d’un groupe d’autres promotions de cadres noirs réalisées par des grands labels comme Warner Bros. et Columbia Records.

Nicole Wyskoarko


Une responsabilité Communautaire

Et alors que le début des années 2000 a vu le démantèlement des départements de musique noire chez les grands labels – BMG laissant tomber tout son secteur urbain en 2001 et Motown fusionnant avec Universal Music Group en 2005 – les entrepreneurs noirs ont eux aussi tracé leur voie.

Roc Nation de Jay-Z, Kendrick Lamar avec Top Dawg Entertainment, Cash Money de Birdman et son frère Ronald « Slim » Williams tous les labels de hip-hop mettant en vedette des cadres noirs au sommet.

Il semble que Diddy veut en voir plus de la part des Noirs. Et si ses commentaires sont une indication, beaucoup de gens l’ont soutenu à ce sujet.

« Je suis d’accord, nous devons posséder ce que nous sommes responsables de cultiver », a remarqué quelqu’un.

« BIG FACTS! » Un autre a commenté.

« Merci de garder cet élan », commenta quelqu’un. « Cela signifie beaucoup de choses venant de vous @Diddy nous devons garder le message de #blackexcellence toute la journée tous les jours. »

Un effort de responsabilité communautaire, comme de leadership et de clairvoyance économique que nous saluons. Même si d’aucuns diront qu’il a attisé les haines dans le hip-hop auparavant, cela est une autre histoire, il y a prescription. Concentrons-nous sur le positif: il est milliardaire et il veut partager le gateau, que demande le peuple? 

Une traduction OJAL
   

Le principal conseiller de Richard Nixon a admis que « la guerre contre la drogue » était un outil politique pour s’attaquer aux manifestants anti-guerre et aux « noirs »

Nous le savions déjà, car on reconnait un arbre à ses fruits et de nombreuses enquêtes font le point sur cette guerre contre la drogue au USA. La nouveauté c’est d’avoir un accès au témoignage d’un ancien du cabinet de Nixon:  John Ehrlichman; dont les propos ont été publié dans une interview l’anée dernière. Voici l’article en question, proposé pour vous par la team OJAL:

La «guerre contre la drogue» était en fait un outil politique pour écraser les manifestants de gauche et les noirs, un ancien conseiller de la Maison-Blanche Nixon admis dans une interview publiée il y a plusieurs décennies, publiée mardi.John Ehrlichman, qui a servi comme chef de la politique intérieure du président Richard Nixon, a dévoilé l’utilisation sinistre de la politique controversée de son patron dans une interview de 1994 avec le journaliste Dan Baum que l’auteur a revisitée dans un nouvel article.
« Vous voulez savoir de quoi il s’agissait vraiment », a déclaré Ehrlichman, décédé en 1999, après que Baum l’eut interrogé sur les politiques anti-drogues de Nixon.« La campagne de Nixon en 1968, et la Maison Blanche de Nixon par la suite, avaient deux ennemis: la gauche anti-guerre et les Noirs. Vous comprenez ce que je dis, « continua Ehrlichman.«Nous savions que nous ne pouvions pas rendre illégal d’être contre la guerre ou contre les Noirs, mais en faisant en sorte que le public associe les hippies à la marijuana et aux Noirs avec de l’héroïne, nous risquions de perturber ces communautés. Nous pouvions arrêter leurs dirigeants, attaquer leurs maisons, briser leurs réunions et les dénigrer nuit après nuit dans les nouvelles du soir. Savions-nous que nous mentons à propos des drogues? Bien sûr que nous l’avons fait. « 

John D. Ehrlichman (l.), a top adviser to former President Richard Nixon (r.) is seen here in a 1972 photo. Ehrlichman, who died in 1999, admitted that the administration’s "War on Drugs" was actually a ploy to target left-wing protesters and African-Americans.
John D. Ehrlichman (à g.), Un des meilleurs conseillers de l’ancien président Richard Nixon (à droite) est vu ici dans une photo de 1972

Ehrlichman a purgé 18 mois de prison après avoir été reconnu coupable de conspiration et de parjure pour son rôle dans le scandale du Watergate qui a renversé son patron.Le Révérend Al Sharpton a déclaré que les commentaires d’Ehrlichman prouvaient ce que les Noirs avaient cru pendant des décennies.« C’est une confirmation effrayante de ce que beaucoup d’entre nous disent depuis des années. Que c’était une tentative réelle du gouvernement pour diaboliser et criminaliser une race de gens « , a déclaré Sharpton au Daily News. « Et quand nous soulevions les questions sur ce ciblage, nous étions accusés de toutes sortes de choses, d’abriter la criminalité d’être non-américain et d’essayer de politiser une préoccupation légitime. »

En 1971, Nixon a étiqueté l’abus de drogue «Public Enemy No. 1» et a signé la Loi sur la prévention et le contrôle complets de l’abus des drogues, mettant en place plusieurs nouvelles lois réprimant les consommateurs de drogues. Il a également créé la Drug Enforcement Administration.

En 1973, environ 300 000 personnes étaient arrêtées chaque année en vertu de la loi – la majorité d’entre elles étaient afro-américaines.

La guerre contre la drogue a été poursuivie sous diverses formes par tous les présidents depuis, y compris le président Ronald Reagan, dont la femme Nancy a appelé les gens à «dire non».

Les commentaires d’Ehrlichman, âgés de 22 ans, ont refait surface mardi après que Baum ait écrit à leur sujet dans un article de couverture du numéro d’avril de Harper, intitulé «Legalize It All», dans lequel il plaide en faveur de la légalisation des drogues dures.

L’interview originale de 1994 avec Ehrlichman faisait partie des recherches de Baum pour son livre de 1997, «Fumée et miroirs: la guerre contre la drogue et la politique de l’échec», dans lequel Baum a mis au jour des décennies de politique antidrogue infructueuse.

Mais les citations ne sont jamais apparues dans le livre.

NYPD arrests a member of the Black Panthers for refusing to clear a sidewalk during a demonstration.
 

Le NYPD arrête un membre des Black Panthers pour avoir refusé de dégager un trottoir lors d’une manifestation. (Steve Starr / AP)
 
 

   (…) L’interview choquante avec Ehrlichman a plus tard fait surface dans un recueil de 2012 « des histoires sauvages, poignantes, qui changent la vie » de divers auteurs intitulé « The Moment », mais les citations ont reçu peu d’attention des médias.Beaucoup de politiciens ont supposé qu’Ehrlichman, qui allait mourir cinq ans plus tard, a fait les révélations brutales parce qu’il était en colère. Nixon ne lui a jamais pardonné ses offenses liées au Watergate.Sharpton a déclaré que les dommages causés par la guerre contre les politiques cruelles de la drogue ont condamné des générations de Noirs.« Pensez à toutes les vies et à toutes les familles qui ont été ruinées et absolument dévastées uniquement parce qu’elles ont été prises dans un filet racial par les plus hautes sphères du gouvernement. »

Traduit par la Team OJAL

La plus grande page « Black Lives Matter » sur Facebook était une fraude!!

Une nouvelle inquiétante pour les militants de part le monde: une opération sous faux drapeau à eu lieu concernant la page facebook de Black Lives Matters.

 

Le site d’information theroot.com nous rapporte une fraude dénichée par CNN. Avec des levées de fonds de plus de 100 000$!! Cela est très préocuppant car beaucoup de structures dont la notre on recourt à ce genre de levée de fond ponctuellement. Il semblerait que des gens mal intentionnés utilisent les mouvements militants à fort retentissement pour leur propre bénéfice…ce qui peut amener à discrediter les honnêtes militants derrière les vraies structures. Soyons vigilants. A l’OJAL nous prendrons des mesures pour que vous soyiez sûr que c’est bien une page tenue par des militants. En attendant voici la traduction de l’article entier qui rapporte les faits.
 
« Alors que Facebook continue de s’embarrasser de controverses sur la façon dont ses données ont été utilisées par des entreprises extérieures et sur l’infiltration à répétition de sa plateforme par les fermes trolls russes, un nouveau rapport indique que la plus grande page de Black Lives Matter n’est pas affiliée BLM du tout – et était, en fait, un faux. 

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, quitte après avoir rencontré des sénateurs à Capitol Hill le 9 avril 2018, à Washington, D.C.
Photo: Alex Brandon (AP Images)


En faisant sa propre enquête, CNN a trouvé que la page intitulée simplement « Black Lives Matter » était une escroquerie avec des liens avec un homme blanc d’âge moyen en Australie


« La page compte près de 700 000 abonnés sur Facebook, ce qui représente plus de deux fois le nombre d’abonnés indiqué sur la page officielle de Black Lives Matter. En outre, la page était liée à des campagnes de collecte de fonds en ligne prétendues recueillir des fonds pour les causes Black Lives Matter aux États-Unis. Ces collectes de fonds ont rapporté au moins 100 000 $, et CNN rapporte qu’au moins une partie de cet argent a été transférée sur des comptes bancaires australiens.
CNN a passé une semaine à échanger des e-mails et des appels téléphoniques avec Facebook sur la page, mais a déclaré que le géant des médias sociaux a suspendu la page uniquement lorsqu’un compte d’utilisateur qui était administrateur de la page a également été suspendu.
Ce n’était pas la première fois que Facebook était informé que la page pouvait être une arnaque.
Le co-fondateur de BLM, Patrisse Khan-Cullors, a déclaré à CNN que Black Lives Matter avait contacté Facebook pour que la page soit supprimée il y a des mois, mais en vain.
CNN a également constaté que les mêmes personnes derrière la page dirigeaient un groupe Facebook également appelé « Black Lives Matter », qui compte près de 40 000 membres et est le plus grand groupe sur Facebook affirmant soutenir Black Lives Matter. La page est souvent liée à des sites Web liés à Ian MacKay, qui est un représentant du Syndicat national des travailleurs en Australie.
MacKay a déjà enregistré des domaines qui semblent être liés à des problèmes noirs, notamment blackpowerfist.com et blacklivesmatter.media.
Lorsque CNN a cherché à jointe MacKay pour l’interroger sur la page, il a nié avoir lu la page Black Lives Matter et a dit qu’il n’avait acheté le domaine qu’une seule fois et qu’il l’avait vendu.
Mais à quelques heures de la conversation de CNN avec MacKay, la page a été supprimée. »

Traduit par la Team OJAL 
 

Mário Coelho Pinto de Andrade, le poète de la Révolution

Connaissiez-vous Mario Pinto de Andrade et sa femme Sarah Maldoror ?

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mario Coelho Pinto de Andrade est né en 1928 en Angola, il grandit à la capitale et en 1948 il part au Portugal pour étudier la philosophie classique à l’Université de Lisbonne. Là-bas il y côtoie des militants anti-colonialiste tels que Amilcar Cabral qui mena le Cap-Vert et la Guinée-Bissau jusqu’à l’indépendance et  Eduardo Mondlane et Marcelino dos Santos, tous deux étant parmi les leaders de l’indépendance du Mozambique. C’est donc très vite que Mario s’intéresse à la politique et particulièrement aux luttes d’indépendance africaines. Ils crééront ensemble une organisation, le MAC (Mouvement Anti-Colonialiste). Il s’engage activement dans l’opposition contre la colonisation portugaise en Angola notamment à travers ses écrits et poèmes. 
 
Amilcar Cabral et Mario Pinto de Andrade en 1959
En 1954, il s’installe à Paris où il étudie la sociologie à la Sorbonne. Très vite il rentre en contact avec l’intelligensia afro de Paris : Aimé Césaire, Alioune Diop, Senghor, Léon-Gontran Damas …etc et devient le secrétaire général de la fameuse maison Présence Africaine, revue panafricaniste, maison d’édition des auteurs de la négritude et autre auteurs afro
 
 
« Paris était véritablement pour nous une capitale africaine » (dans « Sur la Première Génération du MPLA : 1948-1960 »)
 
 
 
En 1955, il participe à la fondation du Parti Communiste d’Angola et une année plus tard il est l’un des membres fondateurs du MPLA, mouvement qu’il présidera de 1960 à 1962.  Après plusieurs années, il entre en conflit avec son successeur, Agostinho Neto, et il quitte le MPLA en 1974. Il fonde alors un nouveau groupe politique appelé Revolta Activa (révolte active). Puis à l’indépendance du pays, l’année suivante, il s’exile pour la Guinée-Bissau d’abord puis le Cap-Vert puis le Mozambique. 
 
 
 
Alors qu’ils se rencontrent à Paris, Sarah Maldoror devint sa compagne avec laquelle il eut deux enfants. 
 
 
Sarah Maldoror est une cinéaste et réalisatrice guadeloupéenne de génie, puisqu’elle est considérée comme la figure de proue du cinéma africain. Son cinéma est politique et engagé dans les indépendances africaines. Elle a réalisé notamment Sambizanga et Aimé Césaire ou encore Le Masque des Mots. Elle a également participé à la fondation de la première troupe de théâtre noire de Paris,  « Les Griots ». Quelle femme extraordinaire n’est-ce pas? 
 
Ils formaient à eux deux un couple militant emblématique. 
 
Source : – Africultures.com
             – Sur la Première Génération du MPLA : 1948-1960
             – « Mário Pinto de Andrade considerado um pilar da independência »
 
 

Georges Faisans, le Guadeloupéen qui fit trembler la France

Parmi nous, combien connaissent cet homme remarquable, qui grâce à un geste de révolte, réussit à mobiliser la Guadeloupe ?
Avant de devenir ce héros de  » l’Île aux Belles-Eaux », Georges Faisans est d’abord un intellectuel, , un homme de lettre, un professeur. Il est né à Pointe-à-Pitre en 1936, et comme beaucoup de Guadeloupéens de l’époque grandit assez modestement, mais entouré par un environnement familial et baigné d’une culture forte. Très vite, il se destine pour l’enseignement et en 1960, il est professeur en Algérie. Il revient en 1984 et s’engage dans le Mouvement Populaire pour une Guadeloupe Indépendante, une organisation indépendantiste guadeloupéenne. 
 
Drapeau du Mouvement Populaire pour une Guadeloupe Indépendante

L’histoire commence lorsque la même année, un Blanc, collègue professeur de Georges, agresse un élève noir du lycée de Baimbridge. Monsieur Faisans bouillonne et frappe son collègue avec le plat d’un coutelas. Suite à son acte contre un comportement racial, il a été condamné à une durée de trois ans d’emprisonnement et incarcéré ensuite en Guadeloupe. Refusant cette sentence qu’il juge injuste, il entame une grève de la faim le 3 juin 1985 en guise de protestation à l’exclusion raciale des écoliers de couleur noire ainsi qu’à la subjectivité juridique face au racisme. 

 

 

 

Le 25 juin, la décision de son transfère à la prison de Fresnes en France est décidée. Il est alors placé dans le quartier réservé aux grévistes de la faim, où il poursuit son mouvement de protestation. Sa sœur affirma dans les médias qu’il était en train de mourir, cela déclencha de violentes manifestations et blocages dans toute la Guadeloupe aux cris de « Lagé Fézan ! »

 

Le 10 juillet, après plusieurs pressions populaires, le procureur Valère accepte en Guadeloupe la libération de Georges Faisans, décision qui a été refusée par les juges français. Le père Chérubin Céleste, choqué par la décision des juges français, lancé un appel à la masse populaire pour soutenir Georges Faisans. Il participe au blocage de la rue Frébault avec plusieurs militants du Mouvement Populaire pour la Guadeloupe Indépendante tels que Djota, Gaston, Awadou Woz wojé et Marigwadlouop. Le 20 juillet 1985, le MPGI organise plusieurs rencontres et protestations, qui mènent à un déclenchement d’une grève de faim collective devant le Centre des Arts, comme action de soutien de la cause de Georges Faisans et cela avec la participation de plusieurs personnes populaires comme Aline Bolle, Francine Lande Claude de Vipart, Marigwadlouo.

 

Des affrontements sévères entre les manifestants et les forces de l’ordre vont avoir lieu un peu partout : des blocages de circulation sont érigés aux sorties de Pointe-à-Pite et sur d’autres routes. Le 24 juillet, la situation n’est plus contrôlable : Du 25 au 29 juillet 1985, se déclenche  » les Cinq Jours » : cinq jour de manifestations et de grèves totales et devant le risque d’instabilité voir de guerre civile, le gouvernement français décide de libérer Georges Faisans le 29 juillet 1985, après une période de 56 jours de grève de la faim.

 
Après ces événements, Georges décide de s’éloigner de la France et part au Burkina où il est reçu par le président Sankara. Cela peut rappeller l’histoire d’un Geronimo Pratt qui lui après son incarcération est parti vivre en Tanzanie. Georges Faisans est alors considéré comme le père nationaliste par ses soutiens, encore aujourd’hui considéré comme étant le père des « mouvements pauvres » et initiateur actif de la « Théologie de la libération ».
 
 
Il reviendra en France en 1995 où il décédera la même année. 
 
Que la mémoire de Georges Faisans et des autres combattants de la liberté de la Guadeloupe reste vive parmi la jeunesse guadeloupéenne! 
 
Team OJAL 
 
 

Se souvenir de ce que l’activiste panafricaniste Walter Rodney a fait pour les Noirs.

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Walter RodneyWalter Anthony Rodney était un intellectuel, un enseignant et un activiste pendant les années 1960 et 1970. Sa vie et son travail ont une importance majeure pour ceux d’entre nous qui se soucient de la justice sociale et de la libération des Noirs aujourd’hui. Rodney incarnait les dimensions transnationales de la lutte noire et brandissait une critique acerbe de la suprématie blanche. Ses recherches sur les liens entre le colonialisme, l’esclavage et le capitalisme ont éclairé des générations de personnes qui se sont engagées à comprendre l’inégalité et à la combattre. Son analyse de classe tranchante de la société l’a contraint à appeler les leaders noirs qui ont participé à l’exploitation et à mobiliser les mouvements racistes des travailleurs. Enfin, son engagement dans des interventions dans les idées et les actions signifiait qu’il mettait sa vie en danger au service d’une population habilitée, avant son assassinat en 1980 en Guyane (son lieu de naissance). A cause de qui il était et de ses contributions, il n’a pas été oublié. Des événements et des symposiums ont eu lieu partout dans le monde, notamment à Atlanta, en Géorgie, aux États-Unis; Dar es Salaam, Tanzanie; Georgetown, Guyana; et Montréal, Canada. Cette année, nous honorons ce qui aurait été son 75e anniversaire.

L’influence de Rodney a traversé le globe. Cet article présente brièvement certains de ses travaux en Jamaïque, en Tanzanie, aux États-Unis et au Guyana. En Jamaïque, il a enseigné à l’Université des Indes occidentales et dans certaines des régions les plus pauvres du pays, notamment les Rastafaris et l’adoption d’une version caribéenne de Black Power. En Tanzanie, il a enseigné au Collège universitaire de Dar es-Salaam en 1967-1968 et de nouveau de 1970 à 1974. La Tanzanie était un foyer de mouvements de libération africains, et Rodney travaillait assidûment avec ceux qui luttaient pour libérer le continent de l’impérialisme.

 

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Aux États-Unis, il a participé à l’Institut du Monde Noir, fondé à Atlanta en 1969 sous la direction de l’historien et théologien Vincent Harding. Les participants à l’IBW se sont décrits comme une «communauté d’érudits noirs, d’artistes, d’enseignants et d’organisateurs» vouée à «une nouvelle compréhension du passé, du présent et de la condition future des peuples d’ascendance africaine.» Au milieu et à la fin des années 1970 Rodney a vécu au Guyana, travaillant sans relâche pour réunir les deux principaux groupes ethniques (personnes d’ascendance africaine et indienne), mobilisant les travailleurs dans un mouvement pour le «pain et la justice». Il a aidé à développer une coalition multiraciale qui, en 1979, s’est transformée en un parti politique, l’Alliance des travailleurs. Rodney serait tué pour ces efforts pour démocratiser le pays et se battre pour la justice économique.

Le biographe politique Rupert Lewis décrit la trajectoire intellectuelle de Rodney comme «antillais, panafricaniste et marxiste». Avec des préoccupations tels que la traite négrière atlantique et la révolution russe, la gamme intellectuelle de Rodney est remarquable. Durant ses premières années, Rodney fut encadré par plusieurs penseurs caribéens importants, dont l’historienne guyanaise Elsa Goveia à l’Université des Indes occidentales à Mona et, plus tard, par Selma James et C. L. R. James dans un groupe d’étude marxiste à Londres.

À l’âge de 24 ans, Rodney a obtenu son doctorat en histoire de l’École des études orientales et africaines de l’Université de Londres sous la direction de Richard Gray, en parlant de l’histoire de la côte de la Haute Guinée. Guinée et Guinée-Bissau) de 1545 à 1800. Son séjour en Tanzanie a finalement consolidé son rôle de panafricaniste. Il a enseigné l’histoire africaine au Collège universitaire de Dar es-Salaam pendant un peu moins d’un an avant de retourner en Jamaïque, mais la Tanzanie n’en avait pas fini avec lui.


Walter Rodney en Jamaïque

Rodney est retourné en Jamaïque en 1968 pour prendre position en tant que conférencier à l’UWI, enseignant l’histoire africaine. Là, il a été attiré par les plus marginalisés de la société et a fait une série de discours qui sont devenus la brochure politique « Groundings with My Brothers ». La fin des années 1960 a été un moment fertile pour le  Black Power dans les Caraïbes. En octobre 1968, le premier ministre Hugh Shearer du Parti travailliste jamaïcain a refusé à Rodney l’entrée en Jamaïque à son retour d’une conférence d’écrivains noirs au Canada. Shearer croyait que Rodney devait être banni parce qu’il représentait une menace pour la sécurité de l’État jamaïcain. L’État avait déjà interdit les écrits des défenseurs de Black Power, tels que Malcolm X et Stokely Carmichael, mais l’expulsion de Rodney avait provoqué des soulèvements de la part des étudiants et des citadins pauvres, près desquels Rodney s’était engagé politiquement. Les «émeutes de Rodney», comme on les appelait, représentaient une explosion de colère contre les conditions économiques désastreuses, le colorisme et l’expression des sentiments nationalistes noirs qui poussaient en Jamaïque. La vision de Rodney de Black Power en Jamaïque prônait une rupture avec l’impérialisme, le pouvoir pour les masses de Noirs (par opposition à une petite élite), et une refonte culturelle de la société. Rodney a suggéré que la Jamaïque n’avait pas de gouvernement noir. Il a souligné que les structures du pouvoir étaient blanches et que les personnes non blanches étaient «noires» – «les centaines de millions de personnes dont les terres sont en Asie et en Afrique, avec quelques autres millions dans les Amériques.» Il est important de noter que sa définition de «noir» incluait les Sud-Asiatiques des Caraïbes dont les ancêtres étaient venus en Amérique comme travail sous contrat. Cette définition flexible de la négritude fondée sur les classes lui a permis de construire avec les peuples indo-caribéens; à bien des égards, cette vision éclairerait la Révolution Black Power qui a eu lieu à Trinidad en 1970.

Révolution africaine en Tanzanie.

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Rodney est retourné en Tanzanie en 1968, prêt à s’engager dans la nouvelle vision pour l’Afrique. En 1960, année de l’Afrique, 16 pays ont accédé à l’indépendance. En 1961, Tanganyika a rejoint l’Afrique indépendante avec Julius Nyere à la barre. La Tanzanie a été formée en 1964, fusionnant Tanganyika et Zanzibar, avec Nyere comme président. La vision de Nyere pour la Tanzanie a été exprimée dans la Déclaration d’Arusha, une vision socialiste africaine pour l’autosuffisance. Rodney a choisi la Tanzanie en raison de son potentiel révolutionnaire à l’époque, la considérant comme un lieu où il pourrait apporter sa contribution et où les mouvements de libération en Afrique, dans les Caraïbes et aux États-Unis se sont rencontrés.

À Dar es-Salaam, Rodney a influencé une génération d’étudiants qui se sont engagés à réfléchir aux défis rencontrés localement et sur le continent en général. Il s’est engagé à décoloniser l’éducation et à écrire l’histoire tanzanienne d’un point de vue tanzanien d’une manière qui tienne compte des conditions locales et des distinctions de classe. Il a travaillé à la création de programmes d’études supérieures en histoire africaine, au développement d’une association d’enseignants en histoire et à l’émergence d’un esprit de débat politique sur le campus et au-delà. Il était un enseignant populaire et a participé à des débats sur le rôle de l’université dans la révolution africaine, le besoin de gouvernance démocratique, et comment recréer une société basée sur les besoins des masses.
À l’âge de 30 ans, en 1972, Rodney publie l’un de ses ouvrages les plus connus, «How Europe Underdeveloped Africa». Ce livre examine l’impact destructeur de l’esclavage et du colonialisme sur le continent et la manière dont ces forces contribuent paradoxalement au développement de l’Europe. En juin 1974, le sixième congrès panafricain s’est tenu en Tanzanie. Rodney n’a pas pu y assister, mais il a fait circuler un document controversé, «Vers le sixième congrès panafricain: Aspects de la lutte internationale de classe en Afrique, dans les Caraïbes et en Amérique», qui a été largement discuté. L’essai a mis en évidence les contradictions entre le nationalisme qui renforçait les frontières coloniales et le panafricanisme. Il a plaidé pour l’importance de représenter les mouvements de libération, pas simplement les chefs d’État. En outre, il a émis une critique cinglante de ceux qui ont conduit les États nouvellement indépendants d’une manière qui reproduisait les divisions et l’exploitation économique du colonialisme et du capitalisme moderne. Il a souligné les contradictions de classe qui affecteraient le congrès – le premier à se tenir en Afrique – si les organisateurs n’étaient pas vigilants dans la lutte contre la sur-représentation des gouvernements des États et si la libération et les mouvements populaires n’étaient pas là pour se représenter.

Rodney et l’Institut du Monde Noir (IBW): Race et Classe 

Plus tard en 1974, Rodney s’est rendu à Atlanta pour soutenir le travail de l’Institut du Monde Noir en tant que conférencier et co-coordinateur de leur symposium de recherche d’été. Le symposium de 1974 comprenait des conférences publiques, un volet de recherche de six semaines sur «La structure sociale et la lutte noire» et une conférence de trois jours pour tracer les orientations futures du Mouvement pour la liberté noire. L’historien Derrick White, auteur du livre « Le défi de la noirceur: l’Institut du monde noir et l’activisme politique dans les années 1970 », a soutenu que l’IBW était un groupe de réflexion activiste qui cherchait à établir un consensus entre les différentes luttes y compris le nationalisme noir, le marxisme et l’intégrationnisme. La Convention nationale des Noirs de 1972 (largement organisée par le Congrès des peuples africains) a attiré plus de 10 000 personnes de tout le pays. Les participants à la convention ont élaboré un «agenda noir» complet. Les militants du mouvement en viendraient à croire que certains politiciens qui ont participé ont trahi ce programme, enflammant un débat idéologique qui a intensifié les fractures dans la lutte noire américaine.

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Walter Rodney avecCheddi Jagan

Comme le démontre White, au cours des années 1970, les débats idéologiques dans le Black Freedom Movement ont souvent porté sur la race versus la classe et le socialisme contre le nationalisme noir. Ces débats idéologiques étaient également internationaux, car ils ont tourmenté le Sixième Congrès panafricain. Pour Rodney, la classe et la race étaient des catégories critiques d’analyse. Pour l’IBW dans ses tentatives d’unité à la lutte aux États-Unis et de soutien à la lutte des Noirs à l’étranger, l’économie politique était un ingrédient nécessaire à leurs analyses. Rodney – qui avait critiqué le leadership néo-colonial noir et compris profondément l’impact de la suprématie blanche et du capitalisme sur les communautés du monde entier – les a soutenus dans leur vision de tracer une nouvelle analyse à travers leur symposium de 1974. White soutient que les discussions et les conférences de Rodney ont aidé l’IBW à «élargir sa compréhension d’une économie politique racialisée».


Walter Rodney rentre à la maison en Guyane 

1974 serait aussi l’année où Rodney est rentré en Guyane. Il s’est vu refuser un emploi à l’Université du Guyana pour des raisons politiques. Il a finalement rejoint la Working Peoples Alliance, une organisation socialiste multiraciale collective. En 1979, le WPA est passé d’une alliance de plusieurs organisations à un parti politique, s’efforçant de fournir une alternative aux deux principaux partis politiques tout en se concentrant sur le travail anti-polarisation et l’éducation politique soutenue. Les organisateurs, y compris des personnalités comme Eusi Kwayana, Rupert Roopnarine et Andaiye, ont contesté les pratiques corrompues du gouvernement du Congrès national du peuple et sa politique d’intimidation tout en essayant de modeler leur vision pour la société guyanaise. Rodney a aidé à mobiliser un mouvement populaire multiracial qui a défié le gouvernement de Forbes Burnham et s’est battu pour «le pain et la justice». Ce mouvement était particulièrement important parce que les élections frauduleuses avaient permis à la PNC de maintenir le pouvoir pendant des décennies.

Les militants de l’opposition ont souvent été arrêtés et certains ont même été enlevés ou assassinés. Ils se sont battus pour le « pain » en raison de la pénurie de produits alimentaires de base et des circonstances économiques difficiles qui ont frappé les Guyanais. Peut-être le plus important, la WPA et ses alliés ont lancé un défi à la politique ethnique polarisée qui a tourmenté le pays et a abouti à des émeutes raciales entre les populations d’ascendance africaine et sud-asiatique pendant les années 1960. Rodney a joué un rôle crucial dans la lutte politique au Guyana, attirant un large public des deux groupes ethniques et s’adressant à un large éventail de personnes, notamment les travailleurs de la bauxite, les travailleurs du sucre, les étudiants, les fonctionnaires et les pauvres. Il a su inspirer ceux qui se sentaient désenchantés. Pendant ces moments, souvent sous la contrainte, Rodney a mené la recherche et a écrit son travail qui serait publié à titre posthume, « Une Histoire des Travailleurs Guyanais, 1885-1905 ». Une histoire sociale de la Guyane britannique, le livre explore l’économie politique du pays, le rôle et les luttes des travailleurs dans le développement national, les contraintes auxquelles ils sont confrontés, et comment ils ont contesté les systèmes conçus pour les contrôler.

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Pas seulement un leader

Bien que charismatique, Rodney a rejeté le concept du leader charismatique unique. Il était profondément et résolument engagé dans un leadership démocratique et centré sur le groupe. Dans un de ses discours sur le travail de la Working Peoples Alliance, il a déclaré: «Nous avons évité de nous concentrer sur une seule direction. C’est-à-dire qu’une personnalité, considérée comme le chef de file, devient le centre d’attention et, à n’en pas douter, devient le chef de file dans le style bien connu dans certains pays du tiers monde. Nous rejetons cela. Et nous pensons que, par principe, cela ne représente pas vraiment le plein développement des personnes dans n’importe quelle société.  » Dans un autre commentaire, il a maintenu ses idéaux: «Nous ne voyons vraiment pas la nécessité de suggérer au peuple guyanais qu’un seul individu, ou même une poignée de personnes, tiennent le destin du pays entre leurs mains.» Il a vécu dans le «nous « plutôt que le » je « et croyait que tout le monde pouvait contribuer à construire des sociétés plus justes.

Pouvoir populaire 

Dans un discours intitulé «Nous allons de l’avant», Rodney a noté que «la révolution est faite par des gens ordinaires, et non par des anges, mais elle est faite par des gens de tous les niveaux de la vie. -la rue. Il a écouté attentivement et a appris des communautés qu’il a engagées, souvent les personnes que l’État considérait comme des personnes qui se livraient au vol ou qui étaient importantes seulement à cause de leur travail. Leurs luttes et leurs compréhensions du monde ont joué un rôle dans son développement intellectuel et politique. Ils ont également fait de lui un croyant convaincu que les gens ordinaires pourraient fondamentalement changer leurs sociétés.

Affronter la peur

Finalement, Rodney nous a rappelé à tous de constamment affronter la peur. Dans « The Struggle Goes On », Rodney a soutenu « il faut être prêt à prendre position contre le mal et l’injustice dans la société. … Pendant trop longtemps notre nature a été vaincue par la peur; une peur justifiée. C’est vrai qu’il y a une peur de perdre des emplois. … La peur que vos enfants pourraient être victimisés et ainsi de suite. Mais il doit y avoir un point où les gens se rendent compte que même cette peur doit être surmontée. Il doit être surmonté par une nouvelle résolution parce qu’à long terme, ce n’est pas simplement que vous et moi nous battons dans des batailles individuelles. Le sens dans lequel nous pouvons nous battre dans une bataille collective est beaucoup plus important. »Il est clair qu’il est capable de parler de la peur des gens de contester le gouvernement et de s’attaquer aux problèmes omniprésents de la société. Il affronterait ses craintes à plusieurs reprises, surtout plus tard dans la vie, parce que la Working Peoples Alliance était une cible gouvernementale, et Burnham à l’époque avait ouvertement menacé la vie de Rodney. Le travail de Rodney avec le WPA mènerait finalement à son assassinat.

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Sur la mort de Rodney

Dans la soirée du 13 juin 1980, Walter Rodney était assis dans une voiture en stationnement avec son frère, Donald Rodney. Un talkie-walkie a explosé sur ses genoux et tragiquement mis fin à sa vie. Son frère a survécu, subissant des blessures mineures. L’appareil avait été construit et remis à Rodney par Gregory Smith, un expert en électronique et sergent de marine dans la Force de défense du Guyana que Rodney croyait être un allié. Peu de temps après la mort de Rodney, Smith, sa petite amie et leurs enfants, ont été sortis du pays dans un avion de l’armée.

En 2014, le gouvernement du Guyana a lancé une commission d’enquête sur la mort de Walter Rodney, 34 ans plus tard. Alors que la commission devint assez controversée, en 2016, elle compléta son rapport, concluant ce que beaucoup savaient déjà: l’assassinat de Rodney fut exécuté avec «le plein soutien, la participation et l’encouragement» de l’État, de la police et de l’armée guyanaises. Le rapport conclut: « Il n’aurait pu être tué que dans ce que nous considérons être un assassinat organisé par l’État, avec la connaissance du Premier ministre Burnham au Guyana de cette période ».

Son meurtre a laissé Patricia Rodney – sa femme depuis 15 ans qui avait lutté aux côtés de lui à travers le monde – une mère célibataire de trois enfants – Shaka, Kanini et Asha. Dans son témoignage devant la commission, elle a expliqué que sa famille avait subi tant de surveillance et de harcèlement qu’elle a dû rester avec sa famille, ses amis et dans des maisons sûres pour se protéger. Elle a témoigné que son mari s’était engagé à renforcer la solidarité entre les habitants du Guyana et a estimé qu’ils ne devraient pas céder à la peur et à l’intimidation. Cet engagement profond lui avait coûté la vie.


Walter Rodney: un intellectuel révolutionnaire

« Je pensais que le fait d’être un intellectuel révolutionnaire pourrait être un objectif auquel on pourrait aspirer, car il n’y avait sûrement pas de raison de rester dans le monde académique … et en même temps de ne pas être révolutionnaire. » Walter Rodney

Rodney passa sa vie à examiner le système capitaliste international et la formation des classes; en soulignant les façons dont la suprématie blanche a fonctionné; reconnaissant les défis auxquels les sociétés nouvellement indépendantes ont été confrontées et les luttes pour la souveraineté; la confrontation à la subordination collective dans laquelle les Noirs se sont retrouvés à l’échelle mondiale et la réalité des visages noirs et bruns qui menaient des régimes qui militaient directement contre les intérêts de leur peuple; et affirmer l’importance de la race et de la classe comme catégories d’analyse et, surtout, comme bases de l’organisation.

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À l’heure actuelle, aux États-Unis, les médias dominants mettent souvent les problèmes de classe en opposition avec les questions de race en matière de politique. Des gens comme Walter Rodney nous rappellent que la race et la classe sont fondamentalement interconnectées. Sa vie et son travail nous rappellent que nous devons prêter attention à une Afrique continentale vivante et changeante, reconnaître les interconnexions à travers la diaspora, que nous devons affronter nos peurs et participer collectivement aux luttes pour la justice.

Vous voulez en savoir plus? Si vous voulez en savoir plus, lisez quelques-uns de ses travaux, notamment «How Europe Underdeveloped Africa» ou «History of Guyanese Working People, 1881-1905». La Walter Rodney Foundation, fondée par sa famille en 2006 et basée à Atlanta, Géorgie, organise des événements en son honneur et organise une série de projets d’héritage. Sa famille a également fait don de ses papiers aux Archives et à la collection spéciale de la bibliothèque Robert W. Woodruff du Centre universitaire d’Atlanta. Cette vaste collection de ses écrits comprend également quelques bandes sonores de ses discours. Une biographie classique est la «Pensée intellectuelle et politique de Walter Rodney» de Rupert Lewis, et il y a quelques années, Clairmont Chung a édité un volume d’interviews intitulé «Walter A. Rodney: une promesse de révolution.

Nicole Burrowes est professeure adjointe au Département d’études sur la diaspora africaine et africaine de l’Université du Texas à Austin.

traduit par la Team Elimu